
Par Plinio Corrêa de Oliveira
Sainte Scholastique [480-547] est la sœur de saint Benoît et développe une œuvre étroitement liée à celle-ci, en tant que fondatrice des sœurs bénédictines.
Une manière similaire à celle dont sainte Claire se lie à l’œuvre de saint François.
Saint Benoît a été choisi comme patron de l’Europe. L’idée de donner à l’Europe un patron et le choix de Saint Benoît pour cet honneur correspondent à une réalité profonde qui mérite d’être expliquée.
D’un point de vue géographique, l’Europe est une péninsule de l’Asie. Une péninsule qui, en termes de taille, ne représente qu’une petite partie du monde, mais qui a néanmoins été le théâtre des événements les plus importants de l’histoire.
Et quelle a été la chose la plus importante qui se soit produite en Europe ? Ce fut l’adhésion pendant des siècles des peuples aux enseignements de l’Église catholique. L’Europe a été pendant de longs siècles un continent fidèle à l’Église. C’est de là qu’est venue l’instauration de la civilisation chrétienne : un ordre temporel saturé des énergies surnaturelles de la grâce reçues par l’intermédiaire de l’Église.
Le processus se déroule ainsi : seule l’Église catholique enseigne la vraie morale, et seule l’Église catholique peut donner aux hommes la force de pratiquer la vraie morale à travers les sacrements. Ce n’est que par la vraie morale que l’ordre peut régner dans la société humaine. Par conséquent, un ordre parfait ne peut régner que là où l’Église catholique est présente et acceptée. Seule l’Église catholique est le fondement du véritable ordre.
L’ordre social peut être comparé dans une certaine mesure au corps humain. Si tout est en ordre, le corps fonctionne, et on peut s’attendre à ce que les mouvements, les réactions, le système immunitaire, etc. fonctionnent normalement. Mais si quelque chose ne va pas – il suffit qu’un petit os soit déplacé – il en résulte des douleurs, des dysfonctionnements, des inflammations, voire des risques de gangrène – toutes sortes de problèmes.
Il en va de même pour la civilisation. Si, dans son ensemble, elle est fondée sur la morale catholique, on peut s’attendre à ce que tout aille bien, même dans les détails. Mais si elle rejette la morale catholique, même sur des points de détail qui peuvent sembler insignifiants, on peut s’attendre à toutes sortes de misères et de maux.
Saint Benoît, à travers ses moines, est par excellence le missionnaire qui apporte la civilisation chrétienne aux barbares d’origine germanique. D’une part, il donne une grande impulsion à l’évangélisation qui conquiert les peuples d’Europe occidentale et centrale, ainsi que ceux de la péninsule scandinave et d’Europe orientale.
D’autre part, il organise un réseau de monastères qui diffusent la morale catholique et la mentalité catholique à travers l’Europe. Grâce à cela, un nouveau monde naît des invasions barbares. La grâce descend jusqu’aux racines de l’arbre social et donne naissance à ce fruit merveilleux qu’est l’Europe. Et pendant des siècles, l’Europe réalise les idéaux de la Contre-Révolution. Aujourd’hui, nous regardons cette Europe avec nostalgie, admiration et affection. La Révolution se lève alors pour détruire cette Europe catholique. Mais à la base de tout ce qu’il y a de bon dans la civilisation européenne, nous trouvons saint Benoît et, grâce à ses prières et à sa contemplation, sainte Scholastique.
Monastère de Sainte Scholastique (Subiaco)
Sainte Scholastique fonde un ordre de religieuses qui ne s’occupent pas d’œuvres sociales et n’enseignent pas non plus le catéchisme. Selon la mentalité moderne, elles ne font rien d’utile. Pourtant, elles font quelque chose de beaucoup plus important. Elles prient et se sacrifient. Elles diffusent ainsi ce message : si l’apostolat de la branche masculine est si fécond, c’est précisément parce qu’il existe une branche féminine qui prie, contemple et s’offre en sacrifice. Tel est le rôle de l’ordre de Sainte Scolastique. Nous pouvons ainsi voir que le rôle de Sainte Scolastique est extraordinaire, irremplaçable et incomparable.
Nous pouvons trouver certains prêts à agir, d’autres – moins nombreux – prêts à combattre, mais très peu sont prêts à souffrir. Je n’ai pas assez de mots pour exprimer toute mon admiration pour l’apostolat de ceux qui souffrent. Pour ceux qui acceptent leurs croix et, plus encore, qui demandent au Seigneur de prendre en charge les croix des autres et qui sont prêts à souffrir pour rendre l’apostolat fructueux.
L’un des thèmes qui attire le plus mon admiration et ma vénération est la mystérieuse fécondité de l’apostolat de la souffrance. Rien ne peut être plus glorieux que quelqu’un qui assume volontairement le joug de la souffrance, qui sacrifie son bonheur et sa fortune pour donner la victoire non pas à lui-même, mais aux autres. C’est un héros que seul Dieu connaît. C’est ainsi que je vois la vie de sainte Scholastique.
Notes : Traduction sans révision par l’auteur d’une conférence du 10 février 1965.