Au lieu de compter sur Dieu pour éviter une catastrophe nucléaire, allons-nous compter sur les hommes ?

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Buenos Aires, 4 novembre 1964
 
par Plinio Corrêa de Oliveira
Révérends Messieurs les prêtres, dignes autorités militaires, Mesdames et Messieurs
C’est avec grand plaisir que j’ai une nouvelle occasion de m’adresser à cette assemblée, ce que je considère comme un privilège, non pas par simple courtoisie ou gentillesse. C’est parce qu’il est véritablement gratifiant pour un orateur de parvenir à établir une communication de cœur avec ses auditeurs. Et lorsqu’il se rend compte que tous défendent les mêmes idéaux, partagent la même mentalité et se préoccupent des mêmes problèmes.
C’est un plaisir de le constater, surtout à cette époque où l’on perçoit de plus en plus la communauté de problèmes qui existe entre le Brésil, l’Argentine et les autres pays d’Amérique latine. Et où, plus qu’à d’autres époques de l’histoire, on peut dire que tout nous unit et que rien ne nous sépare.
C’est donc avec une véritable joie que je m’empresse de parler ce soir d’une question qui me semble être la question fondamentale de la vie d’aujourd’hui. Ce n’est pas peu dire qu’une question est fondamentale dans la vie d’aujourd’hui. Car les questions sont si nombreuses qu’elles s’empilent, pour ainsi dire.
La question fondamentale
Imaginez, messieurs, ceux qui se trouvent au Kremlin, et qui tiennent aujourd’hui [1964] une réunion des dirigeants suprêmes du communisme international, et qui se posent alors une question, qui planifient autour d’une question, se posent une question qui est vitale pour eux. Ils ont réussi à dominer la Russie, à dominer les malheureux pays qu’une politique malheureuse des puissances victorieuses de la (Seconde) Guerre mondiale leur a livrés. Ils ont réussi à conquérir une grande partie de l’Asie ; ils étendent leur pouvoir, bien que de manière peu visible, sur toute l’Afrique du Nord ; ils ont un pied à Cuba ; ils ont la possibilité, peut-être, et que Dieu me pardonne si je me trompe, de dominer même la Bolivie. Partout dans le monde, il y a comme des bras, comme des pinces du communisme, qui se tendent pour dominer le monde entier.
Mais il y a quelque chose qui attire l’attention : c’est qu’ils ne le dominent pas d’un seul coup, qu’ils sont obligés de le dominer progressivement, qu’ils sont obligés de recourir à un processus. Autrement dit, la volonté ne leur manque pas pour dominer le monde immédiatement. Alors, pourquoi ne le dominent-ils pas ? C’est parce qu’ils se heurtent à des obstacles.
Quels peuvent être ces obstacles ? Quelle est la grande difficulté qui les contraint à agir de manière progressive, bien que rapide, alors qu’ils aimeraient agir immédiatement ?
Cet obstacle majeur, le supprimer, l’affaiblir, permettre qu’à tout moment cet obstacle puisse tomber et qu’alors ils puissent, tels un torrent de barbares, se répandre sur tout l’Occident, sur tout le monde non communiste, cela doit nécessairement être, pour leur stratégie, pour leur tactique, la question fondamentale.
Et c’est aussi le cas pour nous. Car si l’on pose l’alternative communisme contre civilisation chrétienne – si cette civilisation peut encore, vaguement, peut-être, être qualifiée de chrétienne –, si l’on examine ses fondements, si l’on pose l’alternative communisme contre civilisation chrétienne, pour nous, tous les autres problèmes perdent leur importance par rapport à celui-ci.
Quelle est l’importance de la question de l’éducation, de la santé, des finances, du développement industriel ? Quelle est l’importance de ces questions lorsqu’on les compare au grand problème, au grand choix : communisme ou non communisme ?
Évidemment, ce choix domine tout le reste. Et donc, pour les communistes et pour nous, connaître la nature de cet obstacle, prendre conscience de son importance – et alors, de notre côté, le renforcer ; du côté des communistes, l’affaiblir – voilà la grande question.
Sur le plan stratégique, il s’agit donc d’une question fondamentale, d’une question vitale.
L’Église catholique comme principal obstacle au communisme
J’ai évoqué lors de mes dernières conférences ce qui constitue la véritable difficulté face au communisme. La véritable barrière contre le communisme international est la Sainte Église catholique apostolique romaine.
C’est, sur le plan naturel, si l’on considère les réalités terrestres, la véritable barrière que constitue l’adhésion profonde que de très nombreuses âmes accordent à l’Église catholique apostolique romaine ; c’est la possibilité d’une réaction absolument imprévisible dont dispose l’Église lorsqu’elle est persécutée, et toutes les forces, les énergies extraordinaires de nature naturelle et surtout de nature surnaturelle qui se déploient lorsque l’Église subit une persécution.
Et je me souviens, à ce sujet, de deux faits que j’ai lus il y a de nombreuses années dans l’« Osservatore Romano ». Deux faits qui montrent la véritable nature de l’obstacle. Ne croyez pas, en premier lieu, qu’il s’agisse d’armes. Quand on parle d’obstacles, on pense immédiatement aux armes ou aux sanctions économiques. Mais il ne s’agit pas directement de cela. Il s’agit de quelque chose de différent que l’on peut considérer comme un symptôme dans ces deux faits que j’ai lus dans l’« Osservatore Romano ».
Exemples de résistance spirituelle face à la persécution
Le premier fait est l’histoire d’une population pauvre trompée par la propagande communiste. Il s’agissait d’un village catholique, peut-être en Ukraine, qui est la partie la plus catholique de la Russie. Le vicaire avait été soudoyé par les Soviétiques. Il a célébré la messe, l’église était pleine de fidèles, et lorsqu’il est arrivé à l’Évangile, il s’est tourné vers le peuple et a développé la pensée suivante : « Mes chers fidèles, je dois vous dire que jusqu’à présent, j’ai fait de toute ma vie une imposture pour gagner de l’argent. Je ne croyais pas en l’Église catholique comme Église de Dieu. Je ne crois même pas qu’il y ait un Dieu. C’était une supercherie que je faisais pour gagner ma vie. Mais Dieu n’existe pas et je ne crois pas en Lui. Et personne ne croit en Lui. Ni le clergé, ni l’épiscopat. Vous êtes des imbéciles de croire à cela ». Et il est descendu de la chaire d’où il parlait, tout en habits sacerdotaux, et a interrompu la messe pour sortir. Grand émoi dans l’assistance. Savez-vous ce qu’ont fait les paysans qui remplissaient l’église ? Ils se sont tous levés et ont chanté le Credo, jusqu’à la fin. Puis ils se sont dispersés…
Vous voyez là une résistance psychologique, une capacité à s’opposer à une sorte de bombe atomique spirituelle de la pire espèce, ce qui indique une force qui ne peut être dominée par les armes, une force qui devient contagieuse, une force qui devient non seulement contagieuse, mais victorieuse, dominatrice, qui se multiplie. Dans un petit fait comme celui-ci, il y a quelque chose qui s’apparente à la force de la nature qui commence à se manifester.
Et les Soviétiques, qui connaissent très bien l’Histoire et qui savent quelles sont les causes profondes des grands échecs des révolutions précurseurs du communisme dans l’Histoire, accordent une très grande importance à des faits comme ceux-ci.
Un autre fait que j’ai lu dans l’« Osservatore Romano » concerne deux garçons dans un village où les communistes allaient également fermer l’église, s’emparer du Saint-Sacrement, le profaner et supprimer le culte. Deux garçons entendent la conversation de deux Soviétiques qui planifient l’attaque de l’église pendant la nuit. Ils entrent dans l’église, ces garçons, déterminés dans leur imagination, dans leur dévotion d’enfants, à défendre le Saint-Sacrement. Ils passent alors toute la nuit seuls, dans l’église. Au matin, ils entendent les coups frappés à la porte par les communistes, qui entrent. Alors, vraisemblablement parce qu’il n’y avait pas de témoins, ils se placent librement, montent sur l’autel et couvrent le tabernacle de leurs corps. Les communistes entrent et leur ordonnent de sortir. Et ils répondent : « Non, nous préférons mourir plutôt que de vous laisser profaner Notre Seigneur ». Les communistes leur tirent dessus et ils meurent en victimes innocentes sur l’autel.
Ces choses ne sont pas insignifiantes, ce ne sont pas seulement deux enfants qui meurent, ce ne sont pas quelques paysans qui chantent le Credo. Ce sont des symptômes. Les bons sociologues connaissent l’importance des symptômes, tout comme le médecin sait les reconnaître chez les malades. Il y a des situations où un fait a une valeur symptomatique. Et il y a des situations où il n’a que la petite signification d’un fait isolé.
Dans ce cas précis, on sait, on voit qu’il s’agit de quelque chose de symptomatique, quelque chose qui répète l’histoire de l’Église depuis des siècles, quelque chose qui leur semble pouvoir constituer un grand danger.
En quel sens un grand danger ?
Vous pourriez me demander : « Mais en Russie, il y avait des symptômes ! La religion a été dominée et tout a pris fin. Alors pourquoi tant de cérémonies et tant de mesures pour un acte d’intervention brutal ? N’exagérez-vous pas, Monsieur le Professeur Plinio, l’importance de ces symptômes ? J’admets que ce sont des symptômes. Mais quelle est leur importance pratique ? »
La réponse est facile à donner. L’importance pratique de ces symptômes ne réside pas dans le moment de la domination, ni dans le moment de la première résistance, mais dans quelque chose qui vient après et qui peut se résumer – pour ne pas trop prolonger la conférence – on peut la résumer en un fait que j’ai lu dans les mémoires de Napoléon et qui m’a profondément marqué. Napoléon se trouvait sur l’île de Sainte-Hélène – où il avait été très justement exilé par la Providence divine –, il se trouvait sur l’île de Sainte-Hélène avec ses derniers fidèles et, le soir, ils discutaient. Et ces conversations étaient consignées par ses compagnons de la même manière que les mémoires qu’il dictait. Alors, l’un de ces compagnons, qui était un de ces anticléricaux, très déclaré, très agressif, demanda à Napoléon : « Majesté, pourquoi avez-vous commis l’erreur de rétablir la religion catholique ? Pourquoi a-t-on donné aux vicaires la possibilité de reprendre leur ancien travail d’évangélisation ? Lorsque les Autrichiens, les Russes et les Prussiens sont entrés en territoire français, les prêtres n’ont rien fait pour vous et vous êtes tombé. Voilà la récompense que vous avez eue ».
Napoléon lui donna alors la réponse profonde suivante. Napoléon dit : « Il était prouvé qu’après un premier moment de désorganisation et de stupeur, les catholiques français se réorganisaient clandestinement. Et il était démontré que cette résistance clandestine était telle qu’il fallait soit massacrer une bonne partie de la nation, soit laisser la résistance clandestine se poursuivre ». Il ne s’agissait pas d’une résistance armée. Mais c’était une persévérance dans la prière, une persévérance dans les sacrements, une persévérance dans une attitude hostile à l’État athée que la Révolution française avait instauré.
Alors, Napoléon a dit : « Nous avons constaté, au Directoire, que même la police disposait de preuves de l’existence de nombreux séminaires clandestins. Ces séminaires clandestins étaient, par nature, dirigés et enseignés par des prêtres clandestins. Les prêtres clandestins étaient des prêtres énergiques, c’étaient des prêtres énergiques, des prêtres très intransigeants. Et ces prêtres intransigeants et combatifs formaient pour la France un clergé nouveau et combatif. Et cette résistance s’éternisait. Il valait donc mieux rétablir la liberté de l’Église et intervenir dans la nomination des professeurs et des directeurs de séminaires, ainsi que des évêques. Et faire en sorte que soient placés à ces postes ceux qui étaient des bons vivants, ceux qui étaient conciliants. Et alors l’Église perdrait plus de terrain qu’avec la persécution directe ».
Cette formule de Napoléon m’a fait croire davantage en l’intelligence de Napoléon qu’en tout ce que j’ai lu sur ses batailles, sur ses réformes et sur ses travaux publics. Il y a quelque chose de machiavélique là-dedans. Quand on ne peut pas renverser les obstacles, quand on comprend qu’on ne peut pas les supprimer, il faut les recouvrir. Et comme on ne peut pas les recouvrir, il faut les défaire d’une autre manière. Mais il ne convient pas de faire ce qu’on dit en portugais « dar murros » – c’est-à-dire donner des coups de poing – sur un couteau pointu ; c’est impossible. Les communistes le savent.
Il me semble donc qu’ils manœuvrent habilement pour obtenir les effets suivants : comment faire en sorte que la résistance que 500 millions de catholiques dans le monde entier opposent au communisme disparaisse ? Comment agir sur la politique, comment agencer les problèmes et les situations de telle sorte que non seulement ces 500 millions de catholiques cessent de réagir, mais en outre, que l’influence que les catholiques exercent – par exemple sur les autres Églises, y compris non chrétiennes – entraîne tout ce monde, ou du moins une immense partie de ce monde qui croit en Dieu, à vivre sereinement, heureux, tranquillement sous un État officiellement athée. Une fois qu’il s’y sera habitué, une fois qu’il se sera habitué à accepter – par sensibilité, par habitude, par la force de la routine et de la répétition – une fois qu’il se sera habitué à accepter cette vie dans l’État athée, il sera alors beaucoup plus facile de le pousser à accepter l’athéisme lui-même, car ils auront abandonné leurs institutions, ils auront abandonné leur gouvernement, ils auront accepté le joug des athées, la domination des athées. Une fois la domination des athées consommée, on aura fait un grand pas vers l’offensive finale violente.
Et alors commencent à apparaître partout de petits signes d’une mutation du communisme. La Russie – c’est l’histoire d’aujourd’hui, du moins provisoirement, car on peut entrer et sortir de l’histoire communiste… c’est une histoire artificielle et industrialisée – parce qu’elle appartient à l’histoire récente…. [il y a un problème dans l’enregistrement original]
La fausse solution de la « coexistence pacifique »
Le mot « coexistence » – comme en général tout ce qui est lancé par les communistes – a quelque chose de fourbe. Il contient quelque chose, il contient une mauvaise graine, il contient une erreur, il contient une confusion. Dans le mot « coexistence », il y a une confusion.
Comment sont les choses qui coexistent ? Les choses qui existent ensemble ! Qui existent en même temps ! Et donc, les choses les plus contraires coexistent évidemment. Par exemple, disons qu’il y a une certaine coexistence entre la victime et le meurtrier, tant que le meurtrier n’a pas encore tué la victime ! Elles coexistent dans un état de lutte, elles coexistent dans un état de difficulté, dans un état de réaction. Mais elles coexistent. C’est-à-dire que la coexistence, dans ce sens naturel du terme, est un fait qui ne dépend pas de la volonté des parties. Elles coexistent à contrecœur.
Mais le mot « pacifique » a un sens particulier. C’est la coexistence de choses contraires. Et qui restent contraires. Et qui ne cachent pas qu’elles sont contraires l’une par rapport à l’autre. Mais, comme l’une sait qu’elle ne peut pas éliminer l’autre, parce qu’elle n’a pas la force suffisante, alors elles s’efforcent de poursuivre la lutte d’une manière contenue, d’une manière modérée, de telle sorte qu’elle n’ait pas l’aspect de l’extrême. Et qu’elles peuvent même, dans certains cas, sous certains angles, collaborer.
Voici donc ce qui suit : les partisans de la coexistence affirment qu’il existe une possibilité d’établir une coexistence entre l’Église et le communisme. Et cette possibilité serait la suivante. Il y a un danger de bombe atomique, d’explosion atomique, de catastrophe atomique, si du côté catholique on déclenche la guerre universelle. La différence de régime – de régimes politiques, économiques et sociaux – est évidemment un facteur susceptible de mener à la guerre. Ce n’est pas la seule cause de la guerre, mais c’est un facteur qui peut la déclencher, qui peut créer des conflits. Et les conflits peuvent très facilement conduire à la guerre.
Comme la guerre est la destruction de l’humanité – et la destruction est le pire de tout – alors les deux parties, les communistes et les catholiques, auraient intérêt à coexister pour éviter la guerre.
Et cette coexistence se ferait à plusieurs niveaux. Coexistence internationale, entre puissances capitalistes et puissances communistes. Donc, établissement de relations diplomatiques avec la Russie, avec les pays satellites de la Russie, établissement d’échanges économiques et culturels, affaires de toute nature, tourisme réciproque, etc.
Et après cette forme de coexistence, il y aurait aussi la coexistence des catholiques dans les pays dominés par le communisme. Et c’est là que réside l’essentiel. C’est-à-dire, par exemple, en Pologne, qui est une nation solidement catholique et héroïquement catholique, en Pologne, on ne peut pas faire ce qui a été fait, par exemple, en Russie, où les églises ont été fermées ou où les libertés de culte ont été très fortement restreintes. En Pologne, on n’a pas voulu fermer les églises. D’un autre côté, on a permis que le culte se déroule, mais on a exigé comme condition que les catholiques acceptent le régime communiste comme un fait accompli et ne se révoltent pas contre le communisme. Et qu’ils travaillent donc, acceptent une limitation de leurs activités, acceptent une limitation de leur prosélytisme, mais qu’ils ne créent pas de difficultés pouvant déboucher sur une révolution, car cette révolution pourrait mener à la guerre, et la guerre pourrait aboutir à une catastrophe atomique. Les catholiques devraient donc se contenter de rester les bras croisés, mais avec la liberté de prier et de recevoir les sacrements.
Cette forme de coexistence, comme vous le voyez, ressemble beaucoup à celle du lion et de la brebis. C’est-à-dire que le lion regarde le mouton d’un regard terrible, il a envie de le dévorer. Mais il laisse vivre un peu la pauvre bête, à condition qu’elle ne se montre pas trop mécontente ni terrifiée. Elle doit rester très joyeuse, très contente, jusqu’à ce que le lion lui fasse quelque chose. Et c’est ainsi que s’établit une coexistence relative…
Quel est le résultat de cette proposition, qui n’est pas formulée de manière officielle par les Russes, mais qui se fait de manière indirecte ? Ils ne parlent pas officiellement de coexistence, c’est bien vrai. Mais ils la mettent en œuvre en Pologne, ils la commencent un peu en Russie. Il y a ces fameux gauchistes démocrates-chrétiens qui, avec leur sourire, que nous connaissons si bien, proposent eux aussi la même chose en souriant. Ils la proposent avec cette supériorité de ceux qui ont trouvé une formule élégante, que seuls les esprits étourdis, les esprits « lents », ne savent pas percevoir. Alors ils posent la question avec hauteur, comme ceux qui manient avec élégance un explosif… comme un chimiste qui sait s’en servir et qui n’a peur de rien, qui joue avec les choses, pour arriver à l’élégante conclusion qu’on peut coexister et qu’il n’y a pas de danger. Un petit sourire et un regard de pitié pour les pauvres, comme nous, qui ne s’en rendent pas compte et qui y voient un danger…
Quel en est le résultat ? Le résultat est le suivant : cette idée se répand. Elle apparaît ici, elle apparaît là, elle est un peu renforcée un peu plus loin, mais elle se propage. Et l’hypothèse de la coexistence s’installe dans l’air comme quelque chose de possible, quelque chose de pas très défini, qui sera peut-être licite, qui ne le sera peut-être pas, mais qui ne se présente même pas proprement sur le terrain de la licéité, car ce n’est pas de licéité dont on parle, mais d’une nécessité vitale ; car si quelqu’un dit que ce n’est pas licite, la question est : « Alors, que voulez-vous ? Une explosion atomique ? Vous voulez en arriver là ? Alors vous êtes fou ! » Et tout le raisonnement est terminé.
Vient alors le moment d’une opinion catholique qui, pendant de nombreuses années, s’habitue à voir le problème se poser sans être entièrement résolu.
Le moment vient, par exemple, d’une agression de la Russie contre un pays donné. L’agression se produit. Que doivent faire les catholiques ? Pour eux, la voie du devoir n’est plus claire. Il ne s’agit plus de leur proposer l’héroïsme, car l’héroïsme se heurte à une question : est-il raisonnable d’être héroïque dans cette situation ? Y a-t-il une obligation d’être héroïque dans cette situation si une coexistence est possible ? « Réfléchis un peu », dira chacun à son vieux père, à sa vieille mère, à sa femme, à ses enfants, « a-t-on le droit de conseiller une attitude de résistance à ces gens pour en faire des martyrs ? Est-il licite de les exposer à la tentation du martyre ? Car même le martyre est une tentation. Est-il licite pour l’humanité tout entière de s’exposer au risque d’une explosion atomique par une attitude de résistance, une attitude de négativisme ? »
Et là où l’on demande, d’un côté, une position héroïque et, de l’autre, une perplexité face à l’héroïsme, la fibre morale se défait ! Et au moment du danger, il est évident que de très nombreuses personnes ne trouveront pas les moyens psychologiques de résister. En d’autres termes, il s’agit donc du fait que, lorsqu’on laisse flotter dans l’air cette sorte d’interrogation ou de spectre de la coexistence, on permet par là même qu’une manœuvre de guerre psychologique de tout premier ordre soit mise en place, dont on tirera profit au moment précis où l’invasion de la Russie sur une nation aura lieu.
Une invasion d’une nation ! Disons, par exemple, que cela se produise en Italie. Que Dieu nous en préserve, car c’est précisément là que se trouve la papauté, qui est le centre de notre cœur. Mais supposons que cela se produise. Les élections triomphales des communistes en Italie – vous savez que nous n’en sommes pas si loin. Après les élections, un gouvernement communiste ! Après le gouvernement communiste, la coexistence… Régime communiste, suppression de la propriété privée, suppression, sinon de fait du moins de droit, de l’institution de la famille, mais liberté pour l’Église : les catholiques peuvent s’y rendre, ils peuvent entrer, ils peuvent visiter les églises, ils peuvent sortir. Et ils rentrent dans leur pays en disant : « Oh ! L’Italie n’est pas si mal que ça ; bien sûr, il faut se serrer un peu la ceinture, les propriétaires ont disparu… Mais les propriétaires ont disparu et la famille a légalement disparu, mais l’Église existe ! L’Église continue d’exister, et c’est l’essentiel ! »
Quel est le résultat d’un exemple vivant de cette nature ? C’est que cinq cents millions de catholiques perdent alors leurs principales raisons de résister. Et la grande muraille – qui, à mon avis, est la grande difficulté qu’ils rencontrent pour dominer le monde – cette muraille s’est effondrée.
Il me semble donc qu’il est d’une importance immense que nous nous demandions si et dans quelle mesure cette résistance est légitime, nécessaire, indispensable ; dans quelle mesure cette coexistence est légitime, nécessaire, indispensable.
Sur ce problème, il m’a semblé intéressant de livrer quelques réflexions ce soir.
La famille et la propriété privée comme principes de droit naturel
Comme vous le voyez, messieurs, c’est véritablement l’un des plus grands problèmes – sinon le plus grand – de l’expansion soviétique dans le monde. La première chose qu’il me semble indispensable de souligner, c’est que la propriété privée et la famille ne sont pas des institutions qui constituent un privilège pour les personnes qui les composent. La famille n’est pas un privilège personnel pour les personnes qui la composent. Il est vrai qu’il existe un intérêt personnel du mari pour l’épouse, et réciproquement ; qu’il existe un droit des parents sur leurs enfants ; et qu’il existe un droit des enfants à être protégés par leurs parents, et que ces droits sont des droits personnels.
Mais cela ne signifie pas pour autant que la famille soit une institution qui fonctionne comme un privilège individuel pour les personnes qui la composent. Elle confère des privilèges, elle confère des avantages, mais elle est une institution de droit naturel qui résulte de l’ordre profond des faits. Et tenter de supprimer la famille est quelque chose qui heurte à tel point tout sens catholique qu’on peut bien savoir qu’il n’y aura jamais de coexistence fondée ne serait-ce que sur la suppression de fait de la famille. Autrement dit, on ne peut même pas imaginer un ordre des choses dans lequel la coexistence serait possible et où, en même temps, la famille serait supprimée et où il n’y aurait plus de possibilité de perpétuation légitime de l’espèce humaine.
Cela est si évident qu’il me semble que l’on puisse mettre ce problème de côté et envisager une autre hypothèse.
Si les communistes suppriment la famille et permettent que la propriété privée continue de fait d’exister, on se demande alors si cette coexistence est possible.
La première réponse qu’il convient de donner me semble être la suivante : s’il n’y a tout simplement pas les conditions nécessaires, l’État communiste supprime la propriété privée, mais l’Église jouit de la liberté de culte et, grâce à cette liberté de culte, elle conserve même la liberté d’enseignement, de telle sorte que toute la doctrine catholique puisse être enseignée intégralement dans les églises catholiques et qu’il soit possible, dans les églises catholiques, d’enseigner au peuple à s’opposer au communisme, de s’élever contre le communisme, de s’élever contre l’athéisme, de plaider en faveur de la famille et de la propriété privée, alors la coexistence devrait être acceptée. C’est évident.
Mais le problème qu’il faut aborder est de savoir s’il s’agit d’une coexistence assortie de conditions. Et supposons la condition la plus probable, qui serait la suivante : l’Église a la liberté de prêcher son dogme. Mais elle ne peut pas attaquer le communisme, elle ne peut pas rejeter la doctrine communiste, elle ne peut pas dénoncer l’athéisme. Elle peut dire que Dieu existe – sans critiquer les athées –, elle peut affirmer que Dieu existe, mais elle ne doit pas réfuter le communisme en prouvant que l’athéisme est faux. Elle a le droit de dire la vérité, mais sans combattre l’erreur.
En matière de propriété privée, qu’elle n’en parle tout simplement pas ! Qu’elle enseigne la doctrine catholique et ne se préoccupe pas de la propriété privée. Tout au plus, tout au plus, qu’elle dise qu’en théorie, le régime de la propriété privée serait préférable, mais comme les faits ne le permettent pas, alors on peut l’ignorer, on peut laisser cela de côté, car l’Église prépare les âmes pour le Ciel et non pour la Terre. Elle n’a donc rien à voir avec les régimes économiques ni avec la propriété privée. Sa tâche consiste uniquement à conduire les âmes au Ciel. Les catholiques doivent donc accepter, sans remords ni nostalgie, le régime économique et social du communisme.
Face à cette hypothèse – qui est l’hypothèse probable, à savoir que la première étape consiste à consolider un ordre des choses, puis, plus tard, à lancer une grande persécution –, face à cette hypothèse, quelle est la véritable position catholique ?
À mon avis, la position est la suivante : la propriété privée est – comme la famille – une institution de droit naturel. Léon XIII l’a très bien dit. Mais, évidemment, il n’a pas été le seul à le dire – bien qu’il l’ait dit avec une clarté et une maîtrise d’exposition admirables –, mais tous les Papes l’ont toujours dit, et cela a toujours été l’enseignement de l’Église.
Quelle est l’origine de la propriété privée ? Qu’est-ce que la propriété privée dans son essence ?
La propriété privée est un principe moral. C’est une institution qui découle d’un principe moral. Et ce principe moral est directement lié à l’homme, à la nature humaine.
Quel est ce principe moral et comment le démontre-t-on ?
Il existe un principe présent dans toute la nature et qui concerne tous les êtres vivants. C’est le principe de la corrélation entre les besoins d’un être vivant et les moyens dont il dispose pour satisfaire ses besoins.
Prenons, par exemple, un oiseau. Un oiseau est léger, c’est pourquoi il peut voler. Et quand il vole, il échappe à ses ennemis ; un oiseau a faim, il a un bec avec lequel il attrape sa nourriture et se nourrit, etc., etc. ; il a froid, mais il a ses plumes pour protéger son organisme contre le froid. Il existe une corrélation naturelle, chez tout être vivant, entre sa propre anatomie et sa physiologie, et ses propres besoins.
Cette corrélation existe également chez l’homme. L’homme est un être doté d’intelligence et de volonté. Et qui, par conséquent, d’une certaine manière infiniment supérieur aux animaux, ne possède pas seulement des instincts, mais sait lui-même ce qui lui convient. Et il a une volonté qui le pousse à faire ce qui lui convient. Il est donc naturel que l’homme utilise sa propre intelligence et sa propre volonté pour – par l’emploi de ces ressources et de son corps qui est au service de son intelligence et de sa volonté – satisfaire ses besoins personnels. La raison pour laquelle l’homme a le droit – car on ne peut pas parler de droits chez les animaux, mais entre les hommes, il faut parler de droits – l’homme a le droit de satisfaire ses besoins avec son corps, avec son intelligence, avec sa volonté, réside dans le fait même que son intelligence lui appartient, que sa volonté et son corps lui appartiennent. Et il a donc le droit d’utiliser cela pour satisfaire ses besoins individuels. C’est que l’homme est libre par nature. Et c’est pour cette raison que l’esclavage est illégitime. Car l’esclavage prive l’homme, lui refuse le droit de disposer de lui-même, qui est dans la nature humaine. Et c’est pourquoi nous sommes tous contre l’esclavage. Et quiconque nie ce droit se proclame partisan de l’esclavage.
Quelle est la conséquence de ce droit ? Il y a là un homme. Disons un pêcheur, un pêcheur qui se trouve sur la plage ; il sait qu’il y a du poisson dans la mer ; il prend un bateau, quelque chose qu’il a fabriqué, il va en mer, attrape les poissons et les mange. A-t-il exercé un droit ? Oui. Quel est ce droit ? Une a-pro-pria-tion.
Les poissons ont été faits pour l’homme. L’homme a faim et veut les poissons. Un homme prend un poisson et le mange. Au moment où il prend le poisson, il s’en approprie. Comme, par exemple, un fruit qui pend à un arbre et qu’un homme cueille et mange. Quel est le droit qu’il a de le faire ? Si l’arbre n’a pas de propriétaire, c’est de l’appropriation. Par exemple, dans mon pays [au Brésil], il y a cinq millions de kilomètres carrés qui appartiennent au gouvernement ou qui n’appartiennent à personne, et qui n’ont pas encore été occupés. Si une personne y pénètre et s’y établit, elle accomplit un acte d’appropriation légitime. Car la terre est vierge, comme elle l’était au temps d’Adam et Ève ! Et cette terre a été faite pour l’humanité, mais pour des hommes concrets. Et si un homme s’y rend, il a le droit de s’en approprier. Tel est le fait de l’appropriation.
Comme l’homme a le droit de s’approprier, pour lui-même, les choses qui lui sont nécessaires, disait Léon XIII, il sait par son intelligence, il voit que ses besoins se renouvellent, il a le droit de pourvoir, rationnellement, à la satisfaction stable de ses besoins. D’où lui vient, après la propriété du fruit, la propriété de l’arbre. Et ensuite, par le même mécanisme, la propriété d’un instrument de production. Un homme se rend compte qu’avec une canne, avec une corde, il peut pêcher des poissons. Il adapte une canne, fabrique une corde. Il devient propriétaire de la canne, de la corde et du poisson qu’il pêche.
En d’autres termes, ces propriétés découlent directement de la disponibilité des biens qui n’ont pas été appropriés, et cette disponibilité est liée à la faculté de l’homme de disposer de lui-même. Autrement dit, la racine de tout est le fait que l’homme a le droit de disposer de sa propre personnalité.
Par conséquent, la propriété individuelle n’est pas un privilège contraire au bien commun, ce n’est pas quelque chose qui peut s’opposer au bien commun. Il est évident qu’elle doit s’adapter au bien commun, qu’elle a une fonction sociale qui doit s’harmoniser avec le bien commun. Mais il est également évident que cette adaptation, cette harmonisation, est une fonction de la propriété, mais qu’elle n’est pas la propriété elle-même. Et que la propriété en soi ne peut être abolie, car ce serait abolir, ce serait supprimer le droit de l’homme sur lui-même. Et ce droit est naturel, il ne peut être supprimé.
C’est pourquoi deux commandements de la Loi de Dieu – ce n’est même pas un seul, et s’il n’y en avait qu’un, cela suffirait amplement – deux commandements de la Loi de Dieu traitent de la propriété. Il est interdit de voler. Il est interdit de convoiter les biens qui appartiennent à autrui.
Quelle en est la raison ? C’est parce que le Décalogue n’est pas un ensemble de lois arbitraires. Le Décalogue est l’ensemble des principes fondamentaux de l’ordre naturel révélés par Dieu. C’est pour cette raison que Dieu a imposé deux commandements, et deux commandements qui sont éternels. Et qui ne peuvent absolument pas être supprimés. Ces deux commandements font partie de la Loi de Dieu et, par conséquent, aucun catholique ne peut manquer de juger absolument et profondément illicite tout ordre fondé sur la suppression de la propriété. C’est une violation de l’ordre naturel ; c’est une violation de deux commandements de la Loi de Dieu.
L’Église peut-elle se dispenser d’enseigner deux commandements de la Loi de Dieu ? Elle ne le peut pas. Dieu n’a pas dit à l’Église : « enseigne plus ou moins Mon Évangile, pourvu que ce ne soit pas trop gênant, c’est évident »… Un Dieu un peu démocrate-chrétien aussi, on comprend… (rires) Mais l’Église a pour mission d’enseigner toute la Loi et ne peut donc pas s’en dispenser, ni accepter un pacte visant à passer sous silence une partie de la Loi. La Loi est un tout ; la Loi est un ensemble. On ne peut pas en omettre une partie sans la mutiler tout entière. C’est comme un visage, c’est comme le visage d’un homme. On ne peut pas dire : « Bon, ah, untel est mon ami et je ne veux pas le tuer, je ne le ferai pas ; son visage est très sympathique, mais je vais lui arracher les yeux ! » Car c’est une absurdité. C’est une déformation. On crée un monstre !
La Loi de Dieu, privée d’un de ses éléments fondamentaux, devient monstrueuse. Elle n’est pas simplement diminuée : elle est défigurée. C’est comme un visage que l’on retourne, auquel on enlève quelque chose d’indispensable. Et, par conséquent, on ne peut pas faire cela.
Il y a une raison qui est d’ailleurs pratiquement plus profonde. C’est que si le principe que j’ai énoncé, en reprenant Léon XIII, est vrai, alors la propriété privée se renouvelle à chaque instant. Car lorsqu’un homme travaille, son salaire n’appartient pas à l’État, mais appartient naturellement au travailleur. Lorsqu’un homme pêche, le produit de la pêche n’appartient pas naturellement à l’État, mais appartient au pêcheur. Et ainsi de suite… Et à chaque instant, on pratique dans l’État communiste des choses qui ont été volées, de près ou de loin ! Car la propriété n’est pas supprimée une fois pour toutes, car elle renaît à chaque instant. Et comment peut-on prendre, comment peut-on vendre quelque chose dont on sait qu’il a été volé ? Il y a déjà là un problème concret de conscience qui est des plus délicats et des plus vifs, sur lequel on ne peut pas passer.
Une objection morale et théologique à toute compromission
Mais il me semble qu’il y a quelque chose d’encore plus important, à savoir ceci : on dit que la propriété privée ne concerne pas le salut éternel, et que la mission de l’Église est de préparer les âmes à la gloire de Dieu. Mais comment prépare-t-on les âmes à la gloire de Dieu ? On les prépare par la connaissance et l’amour de Dieu sur cette terre. Et il faut que ce soit une connaissance véritable et un amour véritable. Il faut aimer véritablement le vrai Dieu tel qu’Il est véritablement ! C’est lorsque l’homme, à la fin de son parcours sur cette terre, aura atteint le point où Dieu a voulu qu’il en arrive, qu’il sera jugé sur l’amour véritable et la connaissance véritable qu’il aura eus du vrai Dieu.
Or, comment connaît-on Dieu ? L’un des meilleurs moyens de connaître Dieu est sa Loi. Les prophètes ont aimé la Loi de Dieu. Notre Seigneur Jésus-Christ l’a enseignée avec une autorité divine et par de merveilleux exemples. Il a confié à l’Église la mission d’enseigner la Loi afin que les hommes connaissent Dieu, car de même qu’on connaît un roi par les lois qu’il édicte, de même on connaît Dieu par les lois qu’Il a édictées. Et quel symbole que l’homme, qui a la Loi de Dieu imprimée dans son âme.
Comment est-il possible de déformer les Lois de Dieu ? Ne pas l’enseigner, l’enseigner mutilée, laisser entendre que le bien est mal et que le mal est bien, et que la propriété privée n’est pas nécessaire, que la propriété commune est légitime, laisser entendre tout cela et ensuite essayer que les hommes continuent à avoir une véritable idée de Dieu ?
Dieu, parmi d’autres vertus infinies, possède la justice. Comment est-il possible d’avoir une idée d’un Dieu juste si l’on n’a pas l’idée de la justice ?! Et comment est-il possible d’avoir une idée de la justice si l’on n’a pas l’idée du « mien » et du « tien » ? L’idée de justice n’est-elle pas fondée précisément sur le « mien », le « tien » et ce qui appartient à la société ? Comment peut-on supprimer le « mien » et le « tien » sans en extirper les fondements, sans anéantir l’idée de justice ? Et comment peut-on alors vouloir enseigner cette « petite justice » aux hommes, leur montrer qui est Dieu et comment L’aimer, si on ne leur enseigne pas ce qu’est la justice ? Et Dieu est La Justice ! Dieu n’est pas seulement juste ; Dieu est La Justice. Quand une âme comme celle-là arrivera à l’éternité, elle ne pourra pas nous reprocher (en disant) : « J’ai trouvé Dieu qui était la justice, mais ce n’était pas le Dieu que j’attendais. Dans ma vie, je n’ai pas pu aimer le vrai Dieu, car vous avez mentionné Son Nom, vous m’avez enseigné avec Ses paroles, mais vous ne m’avez pas donné Ses lois ! J’ai vécu et je suis mort, avec les paroles du nom de Dieu dans la bouche, mais je n’avais pas la vérité sur Dieu dans la tête, je ne L’avais pas dans le cœur, car il y a eu une soustraction fon-da-men-tale ». « À celui à qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ». C’est là un fait fon-da-men-tal. C’est là le terrible reproche que l’on pourrait faire aux catholiques qui ont accepté des faits de cette nature.
Et je résume. Il y a une autre circonstance très profonde que je vais évoquer rapidement.
C’est lorsqu’il y a un régime comme le régime russe, qui est tout entier cohérent, où la ligne de cohérence est enseignée implicitement et explicitement avec une grande force. Toutes les institutions parlent de propriété commune. Toutes les coutumes parlent de propriété commune. Toute la vie repose sur la propriété commune. Cela pénètre par les pores et semble absolument naturel, cela semble être une seconde nature. On ne se rend même pas compte que cela n’est pas bien. S’il n’y a pas de liberté pour l’Église, non seulement de dire qu’il doit y avoir la propriété privée, mais d’expliquer à quel point c’est une immense injustice de ne pas avoir de propriété privée, s’il n’y a pas cette liberté pour l’Église, comment peut-elle former des âmes profondément habituées à un ordre des choses qui, de toutes les manières, lui parle d’un autre ordre, qui façonne comme une sculpture la mentalité des hommes par toutes les formes de compression qui existent aujourd’hui, un ordre des choses fondé sur l’injustice ? Comment peut-on faire cela ?
Vous voyez, Mesdames et Messieurs, qu’il y a donc là une violation d’éléments fondamentaux de la justice, car on doit la vérité aux hommes, et tout vaut mieux que de leur refuser la vérité. Et il serait terrible que les hommes voient la vérité sans la recevoir. Cela n’arrivera pas.
Conclusion : refuser la peur et faire confiance à la Providence
Vous me direz alors : « Professeur, que va-t-il se passer alors ? Est-ce la bombe atomique ? Est-ce vers la bombe atomique que vous nous poussez ? Car tout cela est très beau à dire. Dire, dans la tranquillité d’une époque où il n’y a pas de guerre. Dire, dans une ville comme Buenos Aires ou São Paulo, qui ne seront probablement pas visées par un bombardement atomique. Mais imaginez une ville comme New York, ou comme Londres, ou comme Paris, très probablement touchée par une bombe atomique. Imaginez une ville comme celles-là ; pensez-vous que les hommes puissent accepter cela ? »
Le plus important n’est pas que les hommes acceptent. C’est qu’on leur ait dit et qu’ils assument leur responsabilité personnelle.
Il y a autre chose. C’est que, à mon avis, le moyen le plus direct d’aboutir à la bombe atomique serait d’accepter un pacte de cette nature pour éviter la bombe atomique. Je vais vous dire pourquoi.
Les hommes sont souvent punis sur cette terre pour leurs péchés, mais ils ont aussi la punition éternelle. Ils sont récompensés pour leurs vertus, mais ils ont surtout la récompense éternelle.
Mais avec les nations, nous a dit saint Augustin, il n’en va pas ainsi. Les nations n’existeront pas au Ciel. Les nations n’existeront pas en enfer. Ce sont des entités morales. Et les entités morales ne dépassent pas les limites du temps. Par conséquent, ce qui va se passer, c’est que si une nation pèche gravement, elle recevra son châtiment sur cette terre. Si elle accomplit un acte de vertu, elle en recevra la récompense sur cette terre. Et il existe justement une très belle analyse de Joseph de Maistre sur cette question, dans laquelle il montre, par exemple, le bonheur, y compris terrestre, des nations missionnaires. Et il montre que les grandes nations missionnaires, tant qu’elles restent fidèles à leur esprit missionnaire, sont les grandes nations qui dominent la terre. Et comme cela est vrai pour la nation espagnole ou la nation portugaise dont nous sommes issus !
Eh bien, alors le péché d’imposer une telle formule aux catholiques et le péché que, collectivement, les catholiques acceptent une telle formule, ce ne serait pas seulement un péché individuel, mais ce seraient des péchés collectifs et nationaux. Et ce péché devrait être payé sur cette terre. Et personne ne pourrait s’étonner que ce paiement sur cette terre soit précisément un déluge atomique. Car nous, au lieu de faire confiance à Dieu, au lieu de mettre notre espoir en Dieu et de Lui demander de nous sauver du cataclysme atomique, nous faisons confiance à la parole des Russes ! Et nous leur avons remis le pouvoir, nous leur avons livré les forces de nos pays pour qu’ils y pénètrent. Et au lieu de conclure une alliance avec Dieu, et de demander à Dieu, trois fois Saint et infiniment fidèle à ses paroles, de descendre avec ses anges, de manière visible ou invisible, pour nous sauver, au lieu de cela, nous avons placé notre confiance dans les puissances des ténèbres. Nous disons aux ténèbres : « Voici nos mains, voici nos droites, serrez-les. Voici les clés de nos maisons, voici nos gouvernements, voici nos institutions, prenez tout, nous faisons un acte de confiance en vous ; vous ne nous ferez aucun mal ».
Et je vous demande : ce péché ne pourrait-il pas être la cause du déluge atomique ? La miséricorde de Dieu répondrait-elle au monde, soumettrait-elle le monde à la catastrophe atomique si un péché aussi immense que celui-ci n’existait pas ?
On pourrait au moins espérer que non. Alors que si l’on commet ce péché, quelles sont les raisons de la miséricorde – la miséricorde est infinie – mais quelle raison d’avoir peur de la justice !
(applaudissements)
Au contraire, imaginez un peuple qui ait le courage de dire : « Non ! Je ne sais pas comment Dieu agira ; je ne sais pas comment Dieu nous sauvera ; mais cela n’est pas légitime et je place ma confiance en Dieu, en Notre-Dame qui m’assiste, en les Anges et en les Saints protecteurs des nations, qu’ils me défendent ; je dis « non » ! Que le monde s’écroule sur moi, je resterai fidèle jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort je dirai « non » ! Et je ferai comme sainte Cécile qui, lorsqu’elle fut martyrisée, eut le cou tranché, mais quand les catholiques entrèrent, ils la virent avec le cou à demi tranché, ils la virent à demi vivante, et avec les trois doigts formant ainsi (en montrant) la Sainte Trinité. C’était sa profession de foi aux portes de la mort ! »
Nous pourrions être comme des nations prostrées à terre, nous pourrions être en apparence anéantis, nous dirions « non », et avec nos trois doigts nous dirions : « La Sainte Trinité existe » ; avec nos lèvres nous dirions : « Notre-Dame existe. Et elle nous aidera » !
Et je vous le dis, messieurs, le ciel et la terre pourraient passer, mais ces peuples ne seraient pas abandonnés par Dieu ! Je n’ai pas peur de la bombe atomique pour ces peuples ; j’ai peur de la lâcheté. Et c’est pourquoi, pour mon Brésil, lointain mais bien-aimé, pour votre Argentine, proche et également bien-aimée, je souhaite un destin d’héroïsme, de fidélité et de confiance en la Providence !!

(applaudissements prolongés)

Enregistrement original en espagnol

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