Saint du jour, samedi 29 septembre 1973
Par Plinio Corrêa de Oliveira
La Prière du para est un texte écrit par André Zirnheld en 1938. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage chez les parachutistes des forces françaises libres et devient membre du Special Air Service. Il est le premier officier parachutiste français tué au combat. À sa mort en 1942, lors d’une opération commando en Afrique, ses compagnons découvrent dans ses affaires personnelles ce texte qui va devenir la prière du para. Ce texte est adopté par les troupes parachutistes de l’armée française, mais également des parachutistes portugais. Il a également été mis en musique, et il est régulièrement chanté lors des rassemblements de parachutistes.
J’ai ici une demande pour commenter la prière trouvée dans la poche d’un soldat français. C’est une prière du parachutiste, c’est quelque chose de très sympathique :
« Mon Dieu, mon Dieu donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Donne-moi l’ardeur au combat.
Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Et puis la gloire au combat, et puis la gloire au combat.
Mon Dieu, mon Dieu donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Donne-moi l’ardeur au combat.
Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Et puis la gloire au combat, et puis la gloire au combat
Ce dont les autres ne veulent pas,
Ce que l’on te refuse,
Donne-moi tout cela, oui, tout cela.
Je ne veux ni repos, ni même la santé
Tout ça, mon Dieu, t’est assez demandé.
Mais donnes moi, mais donnes moi,
Mais donne-moi la foi
Donne-moi force et courage,
Mais donne-moi la foi, donne-moi force et courage,
Mais donne-moi la foi
Pour que je sois sur de moi !
Donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Donne-moi l’ardeur au combat.
Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Et puis la gloire au combat, et puis la gloire au combat. »
Je pense qu’il est rare qu’une prière aussi belle ait été prononcée. C’est une sorte de commentaire sur cette partie du Notre Père : « Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel ».
Vous connaissez bien la mission du para. Il s’agit de sauter d’un avion au-dessus des positions ennemies, ou derrière les positions ennemies, en territoire adverse, et d’affronter toutes sortes de risques. Le para peut être mitraillé pendant sa chute, il peut être pris par surprise lorsqu’il touche le sol, il peut être poursuivi pendant sa fuite, il peut être repéré par la police, il peut être arrêté et il peut être tué. Dans la guerre contemporaine, il n’y a pas de mission plus risquée que celle du parachutiste.
Dans ces conditions, le para est ce qu’était autrefois le soldat de cavalerie, qui occupait la première position, contre lequel se brisait le premier impact des adversaires, et qui courait donc les plus grands risques.
La mission du para a également cela de la cavalerie : elle exige un courage individuel. Il ne s’agit pas, comme dans l’infanterie et les autres armes, d’avancer de manière quasi anonyme au milieu d’autres qui avancent, un peu dilué dans la masse, un peu soutenu par la masse, un peu espérant que le tir tombe sur le camarade de droite ou de gauche, mais pas sur lui.
Le cavalier avançait, mais en raison de la nature du combat, il pouvait avancer en rang et c’était comme s’il était seul. Il en va de même pour le para. Son courage est un courage individuel, singulier, un courage personnel, de sorte que, sous certains aspects du moins – je ne dis pas sous tous –, tout comme la cavalerie était autrefois l’arme noble, aujourd’hui, l’arme noble devrait être le parachutisme.
Je ne connais pas de mode de combat plus approprié pour un fils de noble que le parachutisme. C’est exactement pour cette raison que Dom Bertrand d’Orléans e Bragança a fait du parachutisme, car il me semble que rien n’est plus beau qu’un prince descendant avec tout le poids de la tradition. C’est ce qui convient à quelqu’un qui est né de la même branche que Dom Sebastião du Portugal, qui s’est immolé à Alcácer-Quibir, etc., etc.
Cette prière du parachutiste est celle d’un soldat qui a combattu le nazisme. Mais aussi d’autres qui ont combattu à Dien Bien Phu (1954), en Indochine, contre les communistes au Vietnam. Il a donc combattu dans une guerre qui était une croisade antinazie, il a combattu pour l’amour de Dieu. Il pouvait avoir des conceptions patriotiques laïques, il pouvait considérer le bien de la France, il pouvait considérer ce que le nazisme a d’exécrable en soi d’un point de vue naturel. Mais ses vues étaient élevées, on constate que c’était un patriotisme accepté par lui pour l’amour de Dieu, et qu’il était parachutiste pour l’amour de Dieu.
Que signifie, dans ce cas, être para pour l’amour de Dieu ? Cela signifie que les raisons qui le poussaient à lutter contre le totalitarisme en faveur de la France étaient des raisons d’ordre moral, et comme toute raison d’ordre moral n’est cohérente que lorsqu’elle a un fondement religieux. Et nous, catholiques, savons qu’aucune raison d’ordre religieux n’est cohérente si elle n’est pas d’ordre catholique. On en arrive donc à la conclusion que le parachutiste se battait dans un esprit catholique. Autrement dit, son combat était celui d’un martyr, d’un croisé. Il se battait, et en mourant, il pouvait aller au Ciel en tant que martyr.
Maintenant, il fait une demande émouvante. Il dit ceci :
Mon Dieu, combien les autres vous demandent ; tout le monde vous demande la santé, tout le monde vous demande de l’argent, tout le monde vous demande la gloire, vous demande le succès, vous demande des divertissements, et vous, dans votre bonté, vous leur donnez, vous leur donnez, vous leur donnez… Et de l’immense trésor de Ta bonté, on pourrait presque dire – il y a un peu d’ironie française dans la formulation de la prière, car en fait les bontés de Dieu sont inépuisables – on pourrait presque dire que Tu n’as plus rien à donner. Il reste dans Tes trésors les dons que les autres n’ont pas demandés.
Quels sont ces dons ?
C’est le risque, c’est l’insécurité, c’est la lutte, c’est la maladie, c’est la mort, c’est tout ce que personne ne vous demande, car rares sont ceux qui vous demandent ces choses, ils sont extrêmement rares. Or, Votre miséricorde demande que les hommes demandent les dons que tout le monde fuit, les hommes Vous demandent des plaisirs, les hommes Vous demandent des joies, les hommes ne Vous demandent pas Votre Croix et Votre Croix est le plus grand de Vos dons ; le don que Vous avez fait à Votre Mère, le don que Vous avez fait à Vos Apôtres. Le don que vous avez fait à tous ceux qui se sont distingués par leur amour pour vous est votre Croix. Moi, para, je viens vous demander votre Croix. C’est-à-dire la souffrance sous toutes ses formes : ne pas faire carrière, rester anonyme, ne pas avoir la santé, être malade, ne pas avoir d’argent, être pauvre, ne pas avoir de gloire, être un homme obscur, ne pas avoir une longue vie, mourir soudainement dans une vie courte. Je vous demande, mon Dieu, toutes ces choses.
C’est la prière du parachutiste lorsqu’il saute, et il accepte alors cette mort vers laquelle il se jette par amour de Dieu.
Voyez-vous la splendeur qui se cache derrière cela ! Les autres hommes ne demandent pas à Dieu que sa volonté soit faite, mais demandent à Dieu que leur volonté soit faite. Celui-ci demande à Dieu que sa volonté soit faite et que si Dieu veut le disposer à une fin douloureuse quelconque, ou à une vie pleine de souffrances, que la volonté de Dieu soit faite, demande-t-il.
Ce sont là les âmes véritablement nobles, ce sont là les véritables héros ! Ce n’est donc pas le héros qui va de l’avant avec la volonté de revenir couvert de gloire, mais c’est le héros qui va de l’avant avec la volonté de servir Dieu. C’est là la description parfaite de l’âme parfaite, placée sur les chemins de la vie et de la mort.
Nous n’avons pas – du moins au moment où les conditions du Brésil sont normales et calmes, où la paix semble assurée dans le monde – nous n’avons pas l’occasion de risquer notre vie pour notre pays. Cependant, nous avons quelque chose de plus difficile à donner et – j’insiste – c’est plutôt d’accepter une lutte légale et doctrinale contre toute la société contemporaine, dans laquelle nous acceptons d’être mis de côté. Nous acceptons de ne pas faire carrière, de ne pas avoir de sympathies, nous acceptons d’être mal vus même par nos proches, nous acceptons de passer dans la rue et de laisser une traînée d’antipathies, nous acceptons d’être différents des autres au point qu’ils évitent de se mêler à nous.