Plinio Corrêa de Oliveira

 

Cinquième Partie

Confirmation par le Nouveau Testament

 

Chapitre unique

L’importance de ce chapitre

 

 

 

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Titre original: Em Defesa da Ação Católica

Publié par Edições "Ave Maria", São Paulo, Brésil, 1943 (1ère édition)

En Défense de l’Action Catholique, préfacé par Son Excellence Mgr Benedetto Aloisi Masela, Nonce Apostolique au Brésil, 1943. La lettre d’éloges, adressée à l’auteur au nom du Pape Pie XII par Mgr Jean-Baptiste Montini, alors Substitut du secrétaire d’Etat et futur Paul VI, constitue une appréciation éloquente, de la part de l’autorité ecclésiastique suprême, des dénonciations faites par ce livre.

Au cours de notre exposé, nous avons eu l'occasion de citer l'Ecriture sainte à plusieurs reprises, mais le lecteur aura remarqué que les citations de l'Ancien Testament ont été plus fréquentes que celles du Nouveau Testament.

Cela est parce que nous avons délibérément réservé un chapitre spécial plus large pour analyser des textes du Nouveau Testament, et notamment la position de la doctrine que nous défendons en relation avec ces textes.

L'avantage d'une étude spéciale à cet égard est évident. Nous faisons l'apologie des doctrines de combat et de la force: le combat pour le bien, et la force au service de la vérité. Mais le romantisme religieux du siècle dernier a tellement défiguré la vraie notion du catholicisme dans beaucoup de milieux qu’elle apparaît aux yeux d'un grand nombre de personnes, même à notre époque, comme une doctrine beaucoup plus digne du «doux rabbin de Galilée», dont Renan a parlé, plutôt que celle de l'Homme-Dieu que les saints Évangiles nous présentent. Même si elle L'exalte en apparence, la représentation de Renan est positiviste et blasphématoire de Notre Seigneur en tant que thaumaturge quasi-Rotarien dans son esprit et ses œuvres.

Il est habituellement affirmé dans cet ordre d'idées que le Nouveau Testament a mis en place un régime tellement suave dans les relations entre Dieu et l'homme comme aussi entre l'homme et son voisin, que tous les sens du combat et de la sévérité sont censés avoir disparu de la religion. Ainsi, les avertissements et les menaces de l'Ancien Testament sont devenus obsolètes, et l'homme a été libéré de toute obligation de craindre Dieu ou de combattre les ennemis de l'Eglise.

Sans nier le fait que dans la loi de la grâce, il y a eu en effet une effusion beaucoup plus abondante de la miséricorde divine, nous voulons démontrer qu'à cet événement des plus heureux est parfois attribué une portée supérieure à celle qu'il a réellement. Grâce à Dieu, il n'y a pas un catholique (aussi faible soit sa connaissance du Nouveau Testament) qui ne se souvienne de l'épisode rapporté par saint Luc, qui exprime admirablement le règne de la miséricorde; un règne plus large, plus constant et plus brillant dans le Nouveau Testament que dans l'Ancien. Le Sauveur avait été l'objet d'insultes dans la ville de Samarie :

« Ayant vu cela, Ses disciples Jacques et Jean Lui dirent : Seigneur, voulez-Vous que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ? Et Se tournant vers eux, Il les réprimanda, en disant : Vous ne savez pas de quel esprit Vous êtes. Le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver.  Et ils s'en allèrent dans un autre bourg » (9 :54-56).

Quelle admirable leçon de bonté ! Et avec quelle fréquence consolatrice Notre Seigneur a répété des leçons comme celle-là ! Gravons-les profondément dans nos cœurs : mais faisons-le de telle manière à y laisser de la place pour d'autres enseignements, non moins importants, du Maître divin. Il a certes prêché la miséricorde, mais Il n’a pas prêché l'impunité systématique pour le mal. Si, dans l'Evangile, il apparaît souvent en train de pardonner, plus d'une fois il apparait aussi en train de punir ou de menacer. Apprendrons de Lui qu'il y a des circonstances qui exigent le pardon et dans lesquelles il serait moins parfait de punir ; mais qu'il y a aussi des circonstances qui requièrent la punition et dans lesquelles il serait moins parfait de pardonner. Ne tombons pas dans une unilatéralité dont l'exemple adorable du Sauveur est une condamnation explicite, parce qu’Il a su utiliser parfois le pardon, et parfois la punition.

N'oublions pas l'événement mémorable que saint Luc rapporte ci-dessus. N'oublions pas non plus un autre épisode symétrique au premier, qui constitue une leçon de rigueur qui s'intègre harmonieusement pour former un ensemble parfait avec celle de la bonté divine. Écoutons ce que le Seigneur dit à propos de Corozaïn et Bethsaïde, et apprendrons de Lui non seulement l'art divin de pardonner, mais aussi l’art non moins divin de menacer et de punir :

« Malheur à toi, Corozaïn ; malheur à toi, Bethsaïda ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles auraient fait pénitence dans le sac et la cendre. C'est pourquoi, Je vous le dis, au jour du jugement Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capharnaüm, t'élèveras-tu jusqu'au ciel ?  Tu descendras jusqu'à l'enfer ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait peut-être encore aujourd'hui. C'est pourquoi, Je vous le dis, au jour du jugement le pays de Sodome sera traité moins vigoureusement que toi » (Mt 11,21-24).

Notez que le même Maître qui ne voulait pas envoyer le feu du ciel sur la ville dont nous avons parlé tout à l’heure, a prophétisé pour Corozaïn et Bethsaïde des malheurs pires que celles de Sodome ! Ne déchirons pas les pages du saint Evangile, mais trouvons plutôt des éléments d'édification et d'imitation tant dans ses pages sombres que dans celles lumineuses, car les deux sont des très salutaires dons de Dieu.

Si la miséricorde dans le Nouveau Testament a augmenté l'effusion de la grâce, alors la justice trouve, dans le rejet de ces grâces plus grandes, plus de crimes à punir. Ces deux vertus, intimement liées, se renforcent mutuellement dans le gouvernement du monde par Dieu. Il n'est pas exact, alors, de prétendre que dans le Nouveau Testament il n'y a de place que pour le pardon, pas pour la peine.

 

Pécheurs avant et après le Christ

Même après la Rédemption, le péché originel a continué d'exister avec ses tristes conséquences sur l'intelligence et la volonté de l'homme. D'autre part, les hommes sont restés susceptibles d’être tentés par le diable. Par conséquent, le péché ne disparaît pas de la terre, et l'Église continue à faire son chemin dans une mer agitée où l'obstination et la malice des pécheurs soulèvent des obstacles qu'elle doit surmonter à chaque instant. Un regard rapide sur l'histoire de l'Eglise suffit pour rendre cette vérité douloureusement évidente. Mais il y a plus : La grâce sanctifie ceux qui l'acceptent, mais son rejet par un homme met ce dernier dans une situation pire que celle où il était avant de la recevoir. C'est dans ce sens que l'Apôtre écrit que les païens convertis au christianisme et plus tard séduits par les hérésies, son devenus pires qu'ils étaient avant de devenir chrétiens. Le pire criminel de l'histoire n'est certainement pas le païen qui a condamné Jésus Christ à mort, ni le prêtre qui a dirigé le cours des événements qui ont abouti à la crucifixion, mais l’apôtre infidèle qui a vendu son Maître pour trente deniers. « Plus grande la hauteur, plus profonde la chute », dit un proverbe de notre sagesse populaire. Quelle consonance profonde et douloureuse de cette affirmation avec les enseignements de la théologie !

Ainsi, dans en faisant son chemin, la sainte Mère Église doit faire face à des hommes tout aussi mauvais, voire pires que ceux qui se révoltèrent contre la loi de Dieu dans l'Ancien Testament. Dans son Encyclique Divini Redemptoris, le Saint-Père Pie XI déclare que, à notre époque, non seulement des hommes mais aussi « des peuples entiers sont exposés à retomber dans une barbarie plus affreuse que celle où se trouvait encore la plus grande partie du monde à la venue du Rédempteur ».

Par conséquent, la défense des droits de la vérité et du bien exige que les nombreux ennemis de l'Eglise soient humiliés avec plus de vigueur que jamais. Ainsi, lorsque les prières et la bonté ne suffisent pas à surmonter l'adversaire, un catholique doit être prêt à brandir efficacement toutes les armes légitimes qui sont à sa portée.

Notez, dans les passages suivants, combien d'admirables exemples d’astuce profonde, d’inlassable combativité et de franchise héroïque se trouvent dans le Nouveau Testament. Ils montrent clairement que Notre Seigneur n'était pas un prédicateur sentimental, mais un Maître infaillible qui a su prêcher l'amour avec des mots et des exemples d'une douceur insurmontable et admirable, sachant aussi prêcher, avec des paroles et des actes d’une sévérité insurmontable et non moins adorable, le devoir de vigilance, de perspicacité, et du combat ouvert et sans relâche contre les ennemis de l'Eglise qui la bonté n'est pas en mesure de désarmer.

*  *  *

« L’astuce du serpent »

Commençons donc par la vertu de l'astuce ou, en d'autres termes, la vertu évangélique de la ruse serpentine.

Notre Seigneur recommande avec insistance la prudence dans de nombreux cas, faisant voir aux fidèles qu'ils ne devraient pas avoir une candeur aveugle et dangereuse, mais que leur bonté doit au contraire coexister avec un amour vif et diligent des dons de Dieu ; si vif et diligent qu'ils puissent reconnaître, en dépit d'un millier de fausses apparences, les ennemis qui veulent les voler. Examinons un passage :

« Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, et qui au dedans sont des loups ravisseurs. Vous les connaîtrez par leurs fruits.  Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces ? Ainsi, tout bon arbre produit de bons fruits ; mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre produire de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Vous les reconnaîtrez donc à leurs fruits » (Mt 7,15-20).

Ce passage est un petit traité sur l'habileté. Il commence par affirmer que nous devons affronter des ennemis non seulement ostensibles mais aussi des faux amis, et que nos yeux doivent donc être vigilants, non seulement contre les loups qui s'approchent ouvertement, mais également soucieux des brebis pour voir si en dessous de la blanche laine nous pourrions trouver le manteau roux et mal déguisé de quelque loup rusé. Cela signifie qu’un catholique doit avoir un esprit pénétrant et agile, toujours tenu en garde contre les apparences, et faisant confiance seulement à un homme qui se révèle, après examen minutieux et habile, d'être un vrai mouton.

Mais comment peut-on discerner une fausse brebis d'une vraie ? « Par leurs fruits les faux prophètes seront reconnus ». Notre Seigneur affirme par là que nous devons avoir l'habitude d'analyser attentivement les doctrines et les actions de notre voisin, afin d'évaluer ses fruits en fonction de leur valeur réelle et prendre les précautions qui s'imposent à leur encontre lorsqu’ils sont mauvais.

Cette obligation est importante pour tous les fidèles, qui ont le devoir de rejeter les fausses doctrines et les séductions des amis qui voudraient les attirer vers le mal, ou les maintenir dans la médiocrité. Ce devoir est beaucoup plus grave pour les dirigeants de l'Action Catholique, qui ont une obligation beaucoup plus grande de veiller sur eux-mêmes et sur les autres et, par leur astuce et vigilance, de s'assurer que des hommes peut-être affiliés à des doctrines ou des sectes hostiles à l'Église ne soient pas autorisés à rester parmi les fidèles, ni à accéder à des postes de grande responsabilité.

Malheur aux dirigeants dont le sens erroné de la franchise neutralise l'exercice constant de vigilance autour d'eux ! Ils perdront un plus grand nombre d'âmes par leur négligence, que ne le font de nombreux ennemis déclarés du catholicisme. Étant chargés, sous la direction de la hiérarchie, de multiplier les talents, c'est-à-dire les âmes dans les rangs de l'Action Catholique, ils ne doivent pas, non seulement enterrer le trésor, mais aussi, par leur «bonne foi», permettre qu'il tombe dans les mains des voleurs. Si Notre Seigneur a été si sévère avec le serviteur qui n'a pas fait fructifier le talent, que ferait-Il à un homme qui dort quand entre le voleur ?

Voyons un autre passage.

« Voici que Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.  Soyez donc prudents comme des serpents, et simples comme des colombes. Mais mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues ; et vous serez traduits, à cause de Moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations » (Mt 10,16-18).

En général, ce passage est considéré comme une mise en garde s'appliquant uniquement dans les moments de persécution religieuse ouverte, car il se réfère seulement à l'assignation devant les tribunaux, les gouverneurs et les rois, et à la flagellation dans les synagogues. Mais en tenant compte de ce qui se passe dans le monde, il serait opportun de se demander s'il y a un pays, de nos jours, où nous pouvons être assurés que cette situation ne se développera pas d'un moment à l'autre.

En tout cas, il serait également erroné de croire que Notre Seigneur ne recommande une grande prudence qu’en face d’un danger manifeste et grave, et qu’un chef de file de l'Action Catholique pourrait donc renoncer d’habitude à la pratique de la ruse du serpent pour ne cultiver que la simplicité de la colombe. En effet, chaque fois que le salut d'une âme est en jeu, une valeur infinie est en jeu, parce que le sang de Jésus-Christ a été versé pour le salut de chaque âme. Une âme est un trésor plus grand que le soleil, et sa perte est un mal beaucoup plus grave que toutes les souffrances physiques ou morales que nous pourrions supporter attachés à un pilier de flagellation ou assis sur le banc des accusés.

Ainsi, un chef de file de l'Action Catholique a l'obligation absolue de rester attentif avec des yeux pénétrants comme ceux du serpent, pour discerner toutes les tentatives possibles d'infiltration dans les rangs de l'Action Catholique, ainsi que tous les autres risques auxquels le salut des âmes peut être exposé dans le secteur à lui confié.

En ce sens, il est très opportun de citer un autre passage : «Et Jésus leur répondit : Prenez garde que personne ne vous séduise. Car beaucoup viendront sous Mon nom, disant : Je suis le Christ, et ils en séduiront beaucoup » (Mt 24,4-5). Il s'agit d'une erreur que de croire que le seul risque auquel les milieux catholiques peuvent être exposés serait l'infiltration des idées manifestement erronées. Tout comme l'Antéchrist essayera de se faire passer par le vrai Christ, les doctrines erronées habilleront leurs principes d'une apparence de vérité et présenteront malicieusement un prétendu sceau de l'Eglise, en promouvant ainsi la complaisance, la tolérance et le compromis - une pente glissante sur laquelle, de façon progressive et presque imperceptible, on tombe dans le péché.

Quelques âmes tièdes ont la manie de se placer à la limite de l'orthodoxie, comme à cheval sur le mur qui les sépare de l'hérésie, et, de là, ils sourient au mal sans quitter le bien - ou, plutôt, ils sourient au bien sans pour autant abandonner le mal. Malheureusement, tout cela crée une atmosphère dans laquelle le « sensus Christi » disparaît entièrement et l'apparence catholique n’est conservée que sur des étiquettes.

Un leader de l'Action Catholique doit s'opposer à tout cela en étant vigilant, perspicace, sagace, clairvoyant et inlassablement pointilleux dans ses observations, en gardant toujours à l'esprit que ce que certains livres ou conseillers prêchent comme catholique n'est pas vraiment catholique. «Et Jésus, leur répondant, Se mit à dire : Prenez garde que personne ne vous séduise. Car beaucoup viendront sous Mon nom, disant : C'est Moi le Christ ; et ils séduiront beaucoup de monde » (Mc 13,5-6).

Voici un autre passage remarquable :

« Pendant qu'Il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en Son nom, voyant les miracles qu'Il faisait. Mais Jésus ne Se fiait point à eux, parce qu'Il les connaissait tous, et qu'il n'avait pas besoin que personne Lui rendît témoignage d'aucun homme ; car Il savait Lui-même ce qu'il y avait dans l'homme » (Jn 2,23-25).

Ici, il nous montre clairement que nous devons utiliser toutes nos ressources pour distinguer ce qui pourrait être incompatible ou défectueux dans les manifestations parfois enthousiastes que la sainte Mère Eglise peut susciter. C'est l'exemple du Maître. Chaque fois qu’il est nécessaire, Il ne refusera pas à un apôtre véritablement humble et détaché une lumière encore plus charismatique et surnaturelle pour discerner les vrais amis de l'Eglise des faux. En effet, Celui qui nous a donné la recommandation expresse d'être vigilants ne refusera pas les grâces nécessaires à cela.

« Prenez garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel l'Esprit-Saint vous a établis évêques, pour gouverner l'église de Dieu, qu'Il a acquise par Son sang. Je sais qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups ravisseurs, qui n'épargneront point le troupeau » (Ac 20,28-29).

Il est vrai que l'obligation de vigilance contenue dans ce passage ne se réfère directement qu’aux évêques. Mais dans la mesure où l'Action Catholique est un instrument de la hiérarchie, un instrument vivant et intelligent, elle aussi se doit d'être à l'affût des loups ravisseurs.

Afin de ne pas prolonger indûment l'exposé, nous citons seulement quelques passages.

Saint Pierre a ajouté encore ce conseil :

« Vous donc, frères, étant prévenus, soyez sur vos gardes, de peur qu'entraînés par l'erreur de ces insensés, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce dans la connaissance de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.  A Lui la gloire, et maintenant, et jusqu'au jour de l'éternité.  Amen » (2 Pierre 3,17-18).

Ne pensez pas que seule une âme naturellement encline à la méfiance puisse toujours pratiquer la vigilance. Nous lisons dans saint Marc : « Ce que Je vous dis, Je le dis à tous : Veillez » (13,37). Saint Jean conseille avec une tendre sollicitude : «Mes petits enfants, que personne ne vous séduise» (1 Jn 3-5,7).

Donc, la vigilance astucieuse et efficace est un devoir pour nous tous, membres de l'Action Catholique.

 

L'idolâtrie de la popularité

Comme nous l'avons dit dans un autre chapitre, après les attitudes viriles et courageuses qu'il nous a données comme exemple, la récompense du Maître fut l’impopularité. Cette impopularité est pour beaucoup la honte suprême, l'épouvantail inspirateur de toutes les concessions et de toutes les retraites stratégiques, et la marque sinistre de tout apostolat échoué. Aux yeux du monde, l'impopularité de Notre Seigneur est devenue telle qu'on Lui considérait même malfaisant :

« Alors les gardiens s'enfuirent ; et venant dans la ville, ils racontèrent tout cela, et ce qui était arrivé aux possédés. Et voici que toute la ville sortit au-devant de Jésus, et, L'ayant vu, ils Le priaient de S'éloigner de leur territoire » (Mt 8,33-34).

Plus tard, Notre Seigneur prédit, à ses fidèles de tous les temps, l'existence inévitable d'ennemis :

« Or, le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils ; les enfants se soulèveront contre leurs parents, et les feront mourir. Et vous serez haïs de tous, à cause de Mon nom » (Mt 10,21-22).

Comme on le voit, la haine arrive au point de susciter une lutte féroce contre les disciples de Jésus. Et les accusations contre les fidèles seront terribles ! Cependant, ils ne devraient pas renoncer à une action apostolique audacieuse :

« Le disciple n'est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit au disciple d'être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur.  S'ils ont appelé le Père de famille Béelzébub, combien plus ceux de Sa maison !

Ne les craignez donc point ; car il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être connu. Ce que Je vous dis dans les ténèbres, dites-le dans la lumière, et ce qui vous est dit à l'oreille, prêchez-le sur les toits » (Mt 10,24-27).

Comme nous l'avons dit, les fidèles doivent être très reconnaissants de l'estime de leurs semblables, mais doivent mépriser leur haine lorsqu'elle est fondée sur l'aversion pour la vérité ou la vertu. Un apôtre doit désirer la conversion de son voisin, mais ne doit pas confondre la conversion sincère et profonde d’un homme ou d'un peuple avec les signes d'une popularité superficielle. Notre Seigneur accomplit ses miracles pour convertir, pas pour devenir populaire : «Cette génération méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera donné d'autre signe que le signe du prophète Jonas» (Mt 12,39) dit-Il, indiquant ainsi qu’Il ne ferait pas de miracles inutiles pour leur conversion. Et, en effet, même si les miracles du Sauveur Lui auraient donné une certaine popularité, cela aurait été une popularité inutile car elle n'aurait pas procédé du désir de connaître la Vérité.

Combien  d'apôtres, néanmoins, font le possible et l'impossible pour devenir populaires, même au prix du sacrifice des principes ! Ils ignorent peut-être qu’ils perdent ainsi la béatitude que le Seigneur a promise à ceux qui sont haïs par les ennemis de l'Eglise en raison de leur amour de l'orthodoxie et de la vertu : «Bienheureux serez-vous lorsqu'on vous maudira, et qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de Moi. Réjouissez-vous alors, et tressaillez de joie, parce que votre récompense sera grande dans les Cieux » (Mt 5,11-12).

Ne sacrifions, diminuons ou altérons jamais la vérité, aussi grande que soit la haine qui pourrait peser sur nous. Notre Seigneur nous en a donné l'exemple en prêchant la vérité et le bien, quitte à risquer l'emprisonnement :

« Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ?  Et aucun de vous n'accomplit la loi. Pourquoi cherchez-vous à Me faire mourir ?  La foule répondit : Vous êtes possédé du démon ; qui est-ce qui cherche à Vous faire mourir ? Jésus leur répliqua et dit : J’ai fait une œuvre, et vous en êtes tous étonnés. Cependant Moïse vous a donné la circoncision (quoiqu'elle ne vienne pas de Moïse, mais des patriarches), et vous pratiquez la circoncision le jour du sabbat.  Si un homme reçoit la circoncision le jour du sabbat, afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous irritez-vous contre Moi, parce que J'ai guéri un homme tout entier le jour du sabbat ? Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice.

« Quelques-uns, qui étaient de Jérusalem, disaient : N'est-ce pas là Celui qu'ils cherchent à faire mourir ? Et voilà qu'Il parle publiquement, et ils ne Lui disent rien.  Est-ce que vraiment les autorités ont reconnu qu'Il est le Christ ? Mais Celui-ci, nous savons d'où Il est ; or, quand le Christ viendra, personne ne saura d'où Il est. Jésus criait donc dans le temple, enseignant et disant : Vous Me connaissez, et vous savez d'où Je suis.  Je ne suis pas venu de Moi-même ; mais Celui qui M'a envoyé est véritable, et vous ne Le connaissez pas. Moi, Je Le connais, parce que Je viens de Lui, et que c'est Lui qui M'a envoyé. Ils cherchaient donc à L'arrêter ; et personne ne mit la main sur Lui, parce que Son heure n'était pas encore venue » (Jn 7,19-30).

 

Procédure évangélique envers les hommes de mauvaise doctrine

C'est le conseil de Saint-Jacques : « Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés » (Jc 1,16). Soyons très attentifs, rusés, habiles et prudents pour discerner la bonne doctrine de la mauvaise.

Mais cela ne suffit pas. Les doctrines assument un corps chez les hommes. Nous devons être perspicaces, sagaces et prudents aussi en ce qui concerne les hommes.

Sachons comment discerner un ennemi et le combattre avec les armes de la charité et de la fortitude :

« Mais l'Esprit dit expressément que, dans les temps qui viendront, quelques-uns abandonneront la foi, s'attachant à des esprits d'erreur et à des doctrines de démons, par suite de l'hypocrisie d'hommes proférant le mensonge et dont la conscience porte la marque de l'infamie… » (1 Tm 4,1-2).

En ce qui concerne les doctrines et les endoctrineurs, ce conseil est approprié non seulement dans le domaine théologique, philosophique, politique, social ou économique, mais encore et aussi dans tout autre domaine d'intérêt pour l'Eglise :

« Et ce que je demande, c'est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence, pour apprécier ce qui est meilleur, afin que vous soyez purs et irrépréhensibles pour le jour du Christ » (Phil 1, 9-10).

En effet, dans cet âge fort triste de ruine et de corruption, il serait inconcevable qu'il n'existe pas, comme au temps des Apôtres,

« de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, qui se transforment en apôtres du Christ. Et cela n'est pas étonnant, car Satan lui-même se transforme en Ange de lumière. Il n'est donc pas étrange que ses ministres se transforment en ministres de justice ; mais leur fin sera conforme à leurs œuvres » (2 Cor 11,13-15).

Quel autre type d'arme y a-t-il contre ces ministres, sinon l'astuce nécessaire pour distinguer, par leurs actions et doctrines, les enfants de la lumière de ceux des ténèbres ?

La vigilance contre les prédicateurs de fausses doctrines qui sont plus douces, plus faciles et donc plus trompeuses, ne doit pas être seulement pénétrante mais aussi constante :

« Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales contre la doctrine que vous avez apprise, et à vous éloigner d'eux.  Car ces hommes-là ne servent point le Christ Notre Seigneur, mais leur ventre ; et par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les cœurs des simples. En effet, votre obéissance s'est fait connaître en tout lieu.  Je me réjouis donc à votre sujet ; mais je désire que vous soyez sages pour le bien, et simples en ce qui concerne le mal. Que le Dieu de paix écrase bientôt Satan sous vos pieds !  Que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous ! » (Rm 16,17-20).

« Sages pour le bien, et simples en ce qui concerne le mal ! » Combien y en a-t-il qui ne prêchent que la naïveté et la candeur au service du bien, mais qui possèdent une sagesse terrible pour répandre le mal !

Cette sagesse serpentine et rusée pour le bien est une vertu tout aussi évangélique que l'innocence de la colombe : «Je dis cela, afin que personne ne vous trompe par des discours élevés» (Col 2,4).

« Prenez garde que personne ne vous séduise par la philosophie et une vaine tromperie, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon le Christ » (Col. 2,8).

« Que personne ne vous séduise, en affectant l'humilité et en rendant un culte aux Anges, s'égarant en des choses qu'il n'a pas vues, enflé d'un vain orgueil par un sens charnel » (Col 2,18).

L'Église est militante et nous sommes ses soldats. Est-il nécessaire de citer plus de passages pour prouver que nous devons être non seulement des soldats, mais plus encore des soldats vigilants ? L'expérience montre que les meilleures vertus militaires ne valent rien sans la vigilance. Que cela suffise à convaincre les membres d'Action Catholique que chacun d'entre eux, en tant que « miles Christi » doit développer à un haut degré non seulement l'innocence de la colombe, mais aussi la ruse du serpent s'ils veulent suivre le saint Evangile dans son intégrité.

 

La tactique du « terrain d’entente »

Dans le chapitre précédent nous avons parlé de la fameuse «tactique du terrain d'entente». Elle consiste à éviter en permanence tout sujet qui puisse être un motif de discorde entre les catholiques et les non-catholiques, et à ne souligner que ce qui peut être commun aux deux.

Ne jamais reconnaître la séparation des camps, ne jamais clarifier les ambiguïtés ou définir les attitudes. Tant que l'individu est ou se dit catholique, même si ses attitudes et ses paroles sont en contradiction avec ses idées, même si sa vie se distingue de ses croyances ou si sa sincérité peut être remise en question, il ne faut jamais adopter d'attitude ferme envers lui, sous le prétexte qu'il ne faut pas «briser le roseau froissé ou éteindre la mèche qui fume». Le passage suivant montre de façon éloquente comment on devrait procéder dans cette délicate affaire, prouvant qu'une juste patience ne devrait jamais atteindre les limites de l'imprudence et l'imbécillité :

« Car déjà la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, pour la pénitence ; mais Celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter Ses sandales.  Lui, Il vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu. Il a Son van dans Sa main, et Il nettoiera Son aire ; et Il amassera Son blé dans le grenier, mais Il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra pas » (Mt 3,10-12).

Quant à cacher les raisons des désaccords qui nous séparent de ceux qui ne sont nôtres qu'imparfaitement, ce n'est pas ce que fait le divin Maître dans les nombreuses circonstances examinées ci-après :

Les Pharisiens menaient une vie de piété, au moins en apparence, et Notre Seigneur, loin de dissimuler l'insuffisance de cette apparence de peur de les irriter et les pousser encore plus loin de Lui, les attaqua de front, en leur disant :

« Ce ne sont pas tous ceux qui Me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des Cieux ; mais celui qui fait la volonté de Mon Père qui est dans les Cieux, celui-là entrera dans le royaume des Cieux. Beaucoup Me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en Votre nom, et chassé les démons en Votre nom, et fait de nombreux miracles en Votre nom ? Et alors Je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de Moi, vous qui commettez l'iniquité » (Mt 7,21-23).

Ce langage peut-il provoquer une irritation ? Pourrait-il exciter la haine des pharisiens contre le Sauveur, au lieu de les convertir ? Ce n'est pas grave. Le Maître ne pouvait pas faire d'accommodations faciles mais trompeuses. Pour Lui et pour ses disciples de tous les âges, Il a préféré une lutte ouverte et déclarée :

« Ne pensez pas que Je sois venu apporter la paix sur la terre ; Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car Je suis venu séparer l'homme d'avec son père, et la fille d'avec sa mère, et la belle-fille d'avec sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi, n'est pas digne de Moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que Moi, n'est pas digne de Moi. Celui qui ne prend pas sa croix et ne Me suit pas, n'est pas digne de Moi. Celui qui conserve sa vie, la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie à cause de Moi, la trouvera » (Mt 10,34-39).

Comme beaucoup de gens de nos jours, avec lesquels les âmes pacifistes et accommodantes préfèrent toujours temporiser, les pharisiens avaient eux aussi « quelque chose de bon ». Toutefois, ils n'ont pas été traités avec les pratiques apaisantes de la tactique du terrain d'entente. Avec une logique impeccable, Notre Seigneur leur a verbalement fustigé :

« Ou bien, dites que l'arbre est bon, et que son fruit est bon ; ou dites que l'arbre est mauvais, et que son fruit est mauvais : car c'est par le fruit qu'on connaît l'arbre. Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, vous qui êtes méchants ? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle. L'homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor, et l'homme méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor (Mt 12,33-35).

Quand l'expérience montra que les Pharisiens avaient rejeté la grâce immense et adorable contenue dans les paroles fulminantes du Sauveur, et sont devenus encore plus révoltés contre Lui, le Maître ne changea pas sa tactique pour autant :

« Alors les disciples, s'approchant, Lui dirent : Savez-vous que les pharisiens, en entendant cette parole, se sont scandalisés ? Mais Il répondit : Toute plante que mon Père céleste n'a pas plantée sera déracinée. Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. Pierre, prenant la parole, Lui dit : Expliquez-nous cette parabole. Et Jésus dit : Vous aussi, êtes-vous sans intelligence ? » (Mt 15,12-16).

Avec cela, il a montré que la crainte de déplaire et de provoquer les coupables à la révolte contre l'Eglise ne peut pas être la seule motivation de nos méthodes d'apostolat. Pourtant, combien de personnes de nos jours sont comme saint Pierre et les apôtres «sans comprendre», ne parvenant pas à saisir l'admirable leçon de force et combativité que nous a donnée le Divin Maître ! Qui parmi nos libéraux romantiques serait capable de dire aux modernes persécuteurs de l'Église :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et qui avez abandonné ce qu'il y a de plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité. Il fallait faire ceci, et ne pas omettre cela. Guides aveugles, qui filtrez le moucheron, et qui avalez le chameau.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qu'au dedans, vous êtes pleins de rapines et d'impureté. Pharisien aveugle, nettoie d'abord le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors devienne pur aussi.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui, au dehors, paraissent beaux aux hommes, mais qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes ; mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et qui ornez les monuments des justes et qui dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Par là, vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc aussi la mesure de vos pères.

« Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au jugement de la géhenne ?  C'est pourquoi, voici que Je vous envoie des prophètes, et des sages, et des scribes ; et vous tuerez et crucifierez les uns, et vous flagellerez les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel.

« En vérité, Je vous le dis, toutes ces choses retomberont sur cette génération » (Mt 23,23-36).

Pourtant, ils ne sont souvent pas moins méchants que les pharisiens ; ils ne sont pas bons dans leur doctrine, et sont généralement dépravés et provoquent des scandales publics, en ajoutant à la corruption des pharisiens l'énorme péché du mauvais exemple et de la fierté à faire du mal. Nous disons encore une fois que c'est une erreur d'imaginer qu'aujourd'hui, il n'y a plus de personnes mauvaises que celles qui existaient à l'époque de Notre Seigneur : Pie XI nous disait être au bord d'un abîme plus profond que celui où se trouvait le monde avant la Rédemption. Cependant, combien sont nombreux ceux qui auraient follement peur de pécher contre la charité s’ils devaient faire une sévère réprimande contre les adversaires de l'Eglise !

Notre Seigneur a dit des pharisiens : « Isaïe a bien prophétisé sur vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple M'honore des lèvres, mais leur cœur est loin de Moi » (Mc 7,6).

Combien nous imiterions le divin Maître si nous disions aux matérialistes corrompus d’aujourd'hui : « Vous blasphémez Dieu avec vos lèvres et votre cœur est loin de Lui ».

Notre Seigneur prévoyait clairement que ce processus irriterait toujours certains ennemis contre l'Église :

« Alors le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils ; les enfants s'élèveront contre leurs parents, et les feront mourir. Et vous serez haïs de tout le monde à cause de Mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé » (Mc 13,12-13).

Mais la plus haute forme de la charité consiste précisément à faire le bien au moyen de conseils clairs et, si nécessaire, héroïquement forts à ceux-là mêmes qui pourraient nous payer ce bien en nous mettant à mort.

C'est pourquoi Notre  Seigneur dit à ceux qui plus tard allaient le tuer, mais qui alors l’applaudissaient : « En vérité, en vérité, Je vous le dis, Vous Me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que vous avez été rassasiés » (Jn 6,26).

C'est une erreur que de cacher systématiquement à un pécheur son véritable état. Par exemple, saint Jean n'a pas hésité à dire (1 Jn 3,8) : «Celui qui commet le péché est enfant du diable». Et pour cette raison, l'apôtre de l'amour écrit très catégoriquement,

« Quiconque s'éloigne et ne demeure point dans la doctrine du Christ, n'a pas Dieu ; celui qui demeure dans cette doctrine, celui-là a le Père et le Fils. Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point. Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises » (2 Jn 1,9-11).

Et en une autre occasion, il affirmait :

« J'aurais écrit à l'église ; mais Diotréphès, qui aime à tenir le premier rang parmi eux, ne nous reçoit pas. C'est pourquoi, lorsque je viendrai, je rappellerai les actions qu'il commet, se livrant contre nous à de méchants propos ; et comme si cela ne lui suffisait pas, non seulement il ne reçoit pas lui-même les frères, mais il empêche ceux qui voudraient les recevoir, et les chasse de l'église » (3 J 9-10).

Dans une attitude virile contre les ennemis de l'Eglise et en plein accord avec le Nouveau Testament, il écrit : «Je connais tes œuvres, et ton travail, et ta patience ; et je sais que tu ne peux pas supporter les méchants, et que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres, et ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs» (Ap 2,2).

Et pour cette raison nous lisons également dans l'Apocalypse : «Cependant, tu as ceci, que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, que moi aussi je hais » (2,6).

Bref, lorsqu'elle est utilisée non pas comme exception, mais de manière fréquente et habituelle, la soi-disant «tactique du terrain d'entente» est la canonisation du respect humain ; et en incitant les fidèles à dissimuler leur foi, c'est une violation ouverte des paroles du Maître adorable :

« Vous êtes le sel de la terre.  Mais si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on ?  Il n'est plus bon qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde.  Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le candélabre, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les Cieux » (Mt 5,13-16).

En ce qui concerne les conseils qui donnent certains milieux de l'Action Catholique de cacher aux nouveaux arrivants les difficultés de la vie spirituelle et les luttes intérieures qui en suivent, notez l’attitude totalement différente de Notre Seigneur lorsqu’Il dit aux âmes qu'Il voulait attirer cette terrible vérité : « Or, depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à maintenant, le royaume des Cieux se prend par violence, et ce sont les violents qui s'en emparent » (Mt 11,12). Et il a aussi déclaré :

« Et si ta main te scandalise, coupe-la ; il vaut mieux pour toi entrer manchot dans la vie, que d'aller, ayant deux mains, dans la géhenne, dans le feu inextinguible, là où leur ver ne meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas. Et si ton pied te scandalise, coupe-le ; il vaut mieux pour toi entrer boiteux dans la vie éternelle, que d'être jeté, ayant deux pieds, dans la géhenne du feu inextinguible, là où leur ver ne meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas.

« Et si ton œil te scandalise, arrache-le ; il vaut mieux pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu, que d'être jeté, ayant deux yeux, dans la géhenne de feu, là où leur ver ne meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas » (Mc 9,42-47).

Mais, quelqu'un pourrait-il objecter, ce langage ne repousse-t-il pas les âmes ? Certes, les âmes froides et dures. Mais si Notre Seigneur ne veut pas avoir de telles âmes parmi les siens, et s'Il a utilisé un langage apte à conduire ces éléments inutiles loin de Lui, voulons-nous être plus sages, plus aimables et plus compatissants que l'Homme-Dieu en appelant à nous ceux dont Il ne veut pas ?

Les apôtres l’ont bien compris et ont suivi l'exemple du Maître.

Quelques âmes de notre temps sont tellement faciles à satisfaire qu'elles voient tout homme politique qui parle de Dieu dans un discours comme un catholique très authentique et digne de confiance. C'est la tactique de voir ce qui nous unit, mais pas ce qui nous sépare. Qui oserait adresser à l'un de ces vagues « déistes », dans certains cercles libéraux, les mots terribles de saint Jacques : «Tu crois qu'il n'y a qu'un Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi, et ils tremblent » (Jc 2,19). Et qui dirait au maints sybarites de notre temps :

« A vous, maintenant, riches : pleurez, poussez des cris, à cause des malheurs qui viendront sur vous. Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les vers. Votre or et votre argent se sont rouillés, et leur rouille témoignera contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu.  Vous vous êtes amassé un trésor de colère dans les derniers jours.

« Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et leur cri a pénétré jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées.

« Vous avez vécu sur la terre dans les festins et dans les délices ; vous avez rassasié vos cœurs au jour de carnage.

« Vous avez condamné et vous avez tué le juste, et il ne vous a pas résisté » (Jc 5,1-6).

Pourtant, c'est le comportement d'un chrétien dont l’esprit audacieux et saint ne tolère pas des subterfuges ou de sinuosité en matière de foi. Comment devrions-nous faire de l'apostolat ? Avec les armes de la franchise : « Dites seulement : Oui, oui ; Non, non ; afin que vous ne tombiez pas sous le jugement » (Jc 5,12).

Si nous ne déclarons pas notre foi en paroles et en actes, nous ne ferons pas d'apostolat : nous serons en train de cacher la lumière du Christ qui brille en nous, et qui devrait déborder de notre intérieur et illuminer le monde : «...afin que vous soyez irrépréhensibles et des enfants de Dieu sincères et sans tache au milieu d'une nation dépravée et perverse, parmi laquelle vous brillez comme des astres dans le monde » (Phil 2,15).

Ne fuyons rien et n’ayons honte de rien : «Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à Notre Seigneur, ni de moi, son prisonnier ; mais souffre avec moi pour l'Evangile, selon la force de Dieu » (2 Tm 1,7-8).

Ya-t-il des causes de frictions dans cette attitude ? Qu'importe. Nous devons vivre « combattant tous d'une même âme pour la foi de l’Évangile, sans vous laisser effrayer en rien par les adversaires ; ce qui est pour eux un signe de ruine, mais pour vous un signe de salut, et cela de la part de Dieu » (Phil 1,27-28).

Toute charité qu’une personne tente d'exercer au détriment de cette règle est fausse :

« Que la charité soit sans déguisement ; ayez le mal en horreur, attachez-vous fortement au bien » (1 Rm 12,9).

Encore une fois, nous insistons : si quiconque fuit les austérités de l'Eglise, laissez-le, car il n'est pas du nombre des élus.

« En effet, le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l'Evangile : non point avec la sagesse de la parole, afin que la Croix du Christ ne soit pas rendue vaine. Car la parole de la Croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour ceux qui sont sauvés, c'est-à-dire pour nous, elle est la puissance de Dieu. Aussi est-il écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et Je réprouverai la prudence des prudents. Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ?  Dieu n'a-t-Il pas frappé de folie la sagesse de ce monde Car parce que le monde, avec sa sagesse, n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. En effet, les Juifs demandent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, soit Juifs, soit Grecs, le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Cor 1,17-24).

Il est difficile d’agir toujours de cette façon, mais une âme virile, soutenue par la grâce, peut tout faire : «Veillez, demeurez fermes dans la foi, agissez virilement, et fortifiez-vous » (1 Cor 16,13).

D'autre part, ceux qui refusent de lutter doivent renoncer à la vie des catholiques, qui est une lutte incessante, comme le dit l'Apôtre, mettant en garde avec insistance dans le détail :

« Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par Sa vertu toute-puissante. Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les embûches du diable. Car ce n'est pas contre la chair et le sang que nous avons à lutter, mais contre les principautés et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice des régions célestes.

« C'est pourquoi recevez l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister dans le jour mauvais, et rester debout après avoir tout supporté. Tenez donc ferme, ayant vos reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de zèle pour l'Evangile de la paix, prenant par-dessus tout le bouclier de la foi, au moyen duquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin.

« Prenez aussi le casque du salut, et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu ; faisant en tout temps, par l'Esprit, toutes sortes de prières et de supplications, veillant à cela avec une entière persévérance, et priant pour tous les saints, et pour moi aussi, afin qu'il me soit donné, quand j'ouvrirai la bouche, des paroles pour annoncer avec assurance le mystère de l’Évangile, pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes, et que j'en parle courageusement, comme je le dois » (Eph 6,10-20).

Nous ne trouvons aucune autre doctrine dans la vie du Divin Sauveur :

« Les Juifs Lui répondirent donc, et Lui dirent : N’avons-nous pas raison de dire que Vous êtes un Samaritain et un possédé du démon ?

« Jésus répondit : Je ne suis pas possédé du démon, mais J'honore Mon Père ; et vous, vous Me déshonorez. Pour Moi, Je ne cherche pas Ma propre gloire ; il est Quelqu'un qui la cherche, et qui juge. En vérité, en vérité, Je vous Le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.

« Les Juifs Lui dirent : Maintenant nous connaissons que Vous êtes possédé du démon.  Abraham est mort, et les prophètes aussi ; et Vous dites : Si quelqu'un garde Ma parole, il ne goûtera jamais la mort. Etes-Vous plus grand que notre père Abraham, qui est mort, et que les prophètes, qui sont morts aussi ?  Qui prétendez-Vous être ?

« Jésus répondit : Si Je Me glorifie Moi-même, Ma gloire n'est rien ; c'est Mon Père qui Me glorifie, Lui dont vous dites qu'Il est votre Dieu. Et vous ne Le connaissez pas ; mais Moi, Je Le connais ; et si Je disais que Je ne Le connais pas, Je serais semblable à vous, un menteur.  Mais Je Le connais, et Je garde Sa parole. Abraham, votre père, a tressailli de joie, désirant voir Mon jour ;  il l'a vu, et il s'est réjoui.

« Les Juifs lui dirent : Vous n'avez pas encore cinquante ans, et Vous avez vu Abraham ?

« Jésus leur dit : En vérité, en vérité, Je vous le dis, avant qu'Abraham fût, Je suis. Ils prirent donc des pierres, pour les jeter sur Lui ; mais Jésus Se cacha, et sortit du temple » (Jn 8,48-59).

Notre Seigneur a été accusé non seulement d'être possédé, mais aussi blasphématoire :

« Alors les Juifs prirent des pierres, pour Le lapider. Jésus leur dit : Je vous ai montré beaucoup de bonnes œuvres, venant de Mon Père ; pour laquelle de ces œuvres Me lapidez-vous ?

« Les Juifs Lui répondirent : Ce n'est pas pour une bonne œuvre que nous Vous lapidons, mais pour un blasphème, et parce qu'étant homme, Vous Vous faites Dieu » (Jn 10,31-33).

 

Sur les pas de Notre Seigneur, ne reculons pas lors que notre pratique de la franchise apostolique semble avoir échouée

Ne cherchons pas un succès instantané et les applaudissements passagers de la foule ou même de nos adversaires ; tels sont les fruits de la tactique du terrain d'entente.

Notre Seigneur nous montre souvent que nous devons mépriser la popularité chez les méchants : «Un prophète n'est sans honneur que dans son pays et dans sa maison. Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Mt 13, 57-58).

Certains disent que le triomphe suprême d'une œuvre catholique n'est pas la bénédiction et la louange de la hiérarchie, mais les applaudissements de l'adversaire. Ce critère est fallacieux, car, entre mille autres raisons, cela peut-être une simple embuscade dans laquelle on tombe, et alors nous sacrifions les principes à ce prix : «Malheur à vous lorsque les hommes diront du bien de vous, car c'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes » (Lc 6,26). « Cette génération mauvaise et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas. Et les laissant, Il s'en alla » (Mt 16,4). Notre Seigneur est parti, mais nous, au contraire, nous souhaiterions rester sur le champ stérile, défigurant et diminuant les vérités jusqu'à ce qu’on nous applaudisse. Lorsque les applaudissements viendront, ils seront, dans bien des cas, le signe que nous sommes devenus de faux prophètes. 

Il est vrai que Notre Seigneur prend pitié de ceux qui ne sont pas tellement endurcis dans le mal qu'ils ne pourraient pas être sauvés par un miracle :

« Alors, promenant sur eux Ses regards avec colère, attristé de l'aveuglement de leur cœur, Il dit à l'homme : Etends ta main.  Il l'étendit, et sa main lui fut rendue saine » (Mc 3,5).

Mais beaucoup vont périr dans leur aveuglement :

« Et Il leur disait : A vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles, afin que, regardant, ils voient et ne voient pas, et qu'écoutant, ils écoutent et ne comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent, et que leurs péchés ne leur soient pardonnés » (Mc 4,11-12).

Au vu de tant de rigueur, il n'est pas surprenant que le «doux rabbin de Galilée» savait parfois inspirer une vraie terreur, même auprès de ses proches : «Mais ils ne comprenaient pas cette parole, et ils craignaient de L'interroger» (Mc 9,31).

Etre apôtre signifie mener une vie de combat plutôt que de recevoir des louanges, comme l'annonce la prophétie ci-dessous, qui est sans doute de nature à inspirer une certaine terreur :

« Pour vous, prenez garde à vous-mêmes ; car on vous livrera aux tribunaux et vous serez battus dans les synagogues, et vous comparaîtrez devant les gouverneurs et devant les rois à cause de Moi, pour Me rendre témoignage devant eux » (Mc 13,9).

Pourquoi tant de haine pour les prédicateurs du bien ?

«Je sais que vous êtes fils d'Abraham ; mais vous cherchez à Me faire mourir, parce que Ma parole n'a pas prise sur vous » (Jn 8,37).

De tous temps il y aura des cœurs chez lesquels la parole de l'Eglise n’aura pas de place. Ces cœurs seront ensuite remplis de haine et essayeront de tourner en ridicule, diminuer, calomnier, mener à l'apostasie et même tuer les disciples de Notre Seigneur.

C'est également pour cette raison, que le Seigneur dit aux Juifs :

« Mais maintenant vous cherchez à Me faire mourir, Moi qui vous ai dit la vérité, que J'ai entendue de Dieu ; cela, Abraham ne l'a pas fait.  Vous faites les œuvres de votre père.  Ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants de fornication ; nous avons un seul père, Dieu. Jésus leur dit donc : Si Dieu était votre père, vous M'aimeriez, car c'est de Dieu que Je suis sorti et que Je suis venu ; Je ne suis pas venu de Moi-même, mais c'est Lui qui M'a envoyé. Pourquoi ne connaissez-vous pas Mon langage ?  Parce que vous ne pouvez entendre Ma parole » (Jn 8,40-43).

Il n'est donc pas étonnant que ses miracles aient suscité la haine. Voici ce qui s'est passé après le miracle de la résurrection de Lazare :

« Et aussitôt le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d'un suaire.  Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller. Beaucoup donc d'entre les Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et de Marthe, et qui avaient vu ce qu'avait fait Jésus, crurent en Lui. Mais quelques-uns d'entre eux allèrent trouver les pharisiens, et leur dirent ce qu'avait fait Jésus » (Jn 11,44-46).

Compte tenu de tout cela, comment les apôtres peuvent-ils espérer être toujours estimés de tous ? Ne voient-ils pas que cette estime générale contient souvent le signe indubitable qu'ils ne sont plus avec Notre Seigneur ?

En effet, tout vrai catholique aura des ennemis :

« Si le monde vous hait, sachez qu'il M'a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais, parce que vous n'êtes pas du monde, et que Je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait.

« Souvenez-vous de la parole que Je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître.  S'ils M'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé Ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de Mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas Celui qui M'a envoyé. Si Je n'étais pas venu, et que Je ne leur eusse point parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant, ils n'ont pas d'excuse de leur péché. Celui qui Me hait, hait aussi Mon Père » (Jn 15,18-23).

Le passage suivant va dans le même sens :

« Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues, et l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu » (Jn 16,1-2).

Et aussi :

« Je leur ai donné Votre parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme Moi non plus, Je ne suis pas du monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal » (Jn 17,14-15).

En ce qui concerne les louanges stériles et sans valeur du diable et ses sbires, voyons comment elles doivent être traitées :

« Or il arriva, comme nous allions au lieu de la prière, qu'une jeune fille qui avait un esprit de python, et procurait un grand profit à ses maîtres en devinant, vint au-devant de nous. Elle se mit à nous suivre, Paul et nous, en criant : Ces hommes sont des serviteurs du Dieu Très-Haut, qui vous annoncent la voie du salut. Elle fit cela pendant plusieurs jours.  Mais Paul importuné se retourna, et dit à l'esprit : Je t'ordonne, au nom de Jésus-Christ, de sortir d'elle.  Et il sortit à l'heure même » (Ac 16,16-18).

Nous devrions en effet être heureux quand, de la part du camp ennemi, on obtient un mot d'éloge de quelque âme que, touchée par la grâce, commence à s'approcher de nous. Mais comme ces applaudissements sont différents de la joie fallacieuse et turbulente affichée par les méchants lorsque certains apôtres naïfs leur présentent des vérités infirmes et mutilées similaires aux erreurs de l'impiété ! L’applaudissement dans ce cas ne signifie pas un mouvement vers le bien des âmes, mais la joie qu'elles éprouvent à imaginer que l'Eglise ne veut pas les arracher du mal. Ce sont les applaudissements d'un homme heureux de pouvoir continuer dans le péché, ce qui signifie un durcissement encore plus grand dans le mal. Ces applaudissements, nous devons les éviter. Ainsi, celui qui ne se résigne pas à être impopulaire se heurte au Nouveau Testament :

« Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous haït » (1 Jn 3,13).

Le fait d’irriter les méchants est souvent le fruit de très nobles actions :

« Et les habitants de la terre seront dans la joie à leur sujet, et ils se livreront à l'allégresse, et ils s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes auront tourmenté les [méchants] habitants de la terre » (Ap 11,10).

Ceux qui pensent que la doctrine catholique attirera des applaudissements unanimes lorsqu’elle sera prêchée de manière exemplaire en paroles et en œuvres, se trompent gravement. Saint Paul dit :

« Aussi, tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus subiront la persécution» (2 Tm 3,12). Comme le montre ce passage, une vie pieuse exacerbe la haine de l'impie. L'Eglise n'est pas détestée pour les imperfections trouvées dans tel ou tel de ses représentants à travers les âges. Ces imperfections sont presque toujours de simples prétextes pour les méchants, dans leur haine, de blesser ce que l'Eglise a de divin.

La bonne odeur du Christ est un parfum d'amour pour ceux qui sont sauvés, mais elle attise la haine chez ceux qui sont perdus :

« Car nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, à l'égard de ceux qui sont sauvés, et à l'égard de ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort, pour la mort ; aux autres, une odeur de vie, pour la vie » (2 Cor 2,15-16).

Comme Notre Seigneur, l'Eglise a au plus haut degré la capacité de se faire aimer par des individus, des familles, des peuples et des races entières. Mais par là même, elle a, comme Notre Seigneur, l'attribut de voir se soulever contre elle la haine injuste des individus, des familles, des peuples et des races entières. Un véritable apôtre s'en moque d'être aimé d’un amour qui n'est pas l’expression de celui qu'ont (ou au moins commencent à avoir) les âmes pour Dieu, et qui ne conduit pas au Royaume de Dieu. Tout autre type de popularité est inutile pour lui et pour l'Eglise. Ainsi, saint Paul dit :

« Car, en ce moment, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu ?  Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?  Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ » (Gal 1,10).

Comme on le voit, l'approbation des hommes a de quoi inquiéter l'apôtre qui aurait une conscience délicate, au lieu de le rendre heureux : pourrait-il avoir négligé la pureté doctrinale pour devenir si largement estimé ? Est-il certain qu'il a fustigé l'impiété comme son devoir l'impose ? Serait-il vraiment dans une situation semblable à celle de Notre Seigneur le dimanche des Rameaux ? Si c'est le cas, voici un avertissement : rappelez-vous la valeur des applaudissements humains et n’y soyez pas attachés. Demain, peut-être, de faux prophètes apparaîtront qui attireront les personnes en prêchant une doctrine moins austère. Et l'homme, applaudi encore à la veille, devra dire à ceux qui ont fait son éloge :

« Suis-je donc devenu votre ennemi, en vous disant la vérité ? Ils [les faux apôtres] sont zélés pour vous, mais non d'un bon zèle ; ils veulent vous séparer de moi, afin que vous soyez zélés pour eux. Il est bon que vous ayez toujours du zèle pour le bien, et non pas seulement lorsque je suis présent parmi vous. Mes petits enfants, pour qui j'éprouve de nouveau les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous ! Je voudrais être près de vous en ce moment, et changer de langage ; car je suis en perplexité à votre sujet » (Gal 4,16-20).

Mais ce langage ne peut être changé : l'intérêt des âmes l'empêche. Et si cet avertissement devrait rester lettre morte, la popularité de l'apôtre succomberait une fois pour toutes.

Alors, si notre apôtre manque d'esprit surnaturel détaché et viril, le voilà qui court après ceux qui l'abandonnent. Là, il diluera les principes, corrompra et déformera les vérités, diminuera et bradera les  préceptes pour sauver les derniers fragments de popularité qu'il avait inconsciemment transformée en idole.

Comment pourrait-on comparer un tel comportement à celui de Notre Seigneur qui, bien que profondément attristé, mena sa lutte directe et courageuse contre l'impiété jusqu'à la mort, et la mort sur la Croix ?

Alors que les vérités clairement énoncées mènent parfois les pervers à devenir encore plus endurcis dans leur mal, grande est la joie d'un apôtre qui parvient à surmonter son esprit pacifiste et avec de forts coups, sauver les âmes.

« En effet, bien que je vous aie attristés par ma lettre, je ne le regrette pas ; et si j'en ai eu du regret, en voyant que cette lettre vous avait attristés, quoique pour peu de temps, maintenant j'ai de la joie, non de ce que vous avez été attristés, mais de ce que votre tristesse vous a portés à la pénitence. Vous avez été attristés selon Dieu, en sorte que vous n'avez reçu de nous aucun dommage. Car la tristesse qui est selon Dieu produit pour le salut une pénitence stable ; mais la tristesse du siècle produit la mort. Voyez, en effet : votre tristesse selon Dieu, quel empressement elle a produit en vous ; bien plus, quelles excuses, quelle indignation, quelle crainte, quel désir, quel zèle, quelle vengeance !  De toutes façons, vous avez montré que vous étiez purs dans cette affaire » (2 Cor 7,8-11) (Saint Paul se réfère au cas d'une personne incestueuse, mentionné dans la première épître).

Voilà la grande, l’admirable récompense des apôtres qui ont l’esprit surnaturel et sont assez clairvoyants pour ne pas faire de la popularité la seule règle et le suprême but de leur apostolat.

Ne reculons pas face à des échecs momentanés, et Notre Seigneur ne refusera pas à notre apostolat ces mêmes consolations, les seules auxquelles nous devrions aspirer.

 

La prédication des vérités austères

Quelques âmes profondément pénétrées par le libéralisme ont fait valoir que les fidèles, en imitant le très doux Sauveur, ne devraient jamais inclure, dans leurs incitations à faire le bien, la menace des sanctions à venir, car un langage rempli de ces avertissements serait inapproprié à des hérauts de la religion de l’amour.

De toute évidence, les craintes associées aux peines futures ne devraient pas être la seule motivation pour pratiquer la vertu. Ayant fait cette réserve, on ne voit pas où les libéraux ont trouvé l'idée que ce serait une faute contre la charité que de parler de l'enfer. Voyons comment les apôtres ont parlé des peines que nous méritons après la mort, en enfer ou au purgatoire :

« Car il est juste pour Dieu de rendre l'affliction à ceux qui vous affligent ; et de vous donner, à vous qui êtes affligés, du repos avec nous lors de la révélation du Seigneur Jésus, qui viendra du Ciel, avec les Anges de Sa puissance, au milieu d'une flamme de feu, pour tirer vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu, et qui n'obéissent point à l'Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ils subiront la peine d'une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de Sa puissance, lorsqu'Il viendra pour être, en ce jour-là, glorifié dans Ses saints, et pour Se faire admirer dans tous ceux qui auront cru, puisque vous avez cru au témoignage que nous avons rendu devant vous » (2 Thess 1,6-10).

Et Notre Seigneur dit du purgatoire : «En vérité, Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole » (Mt 5,26).

En ce qui concerne l'enfer, écoutons les paroles du très doux Maître:

« Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par elle. Qu'étroite est la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et qu'il y en a peu qui la trouvent ! » (Mat. 7,13-14).

« En l'entendant, Jésus fut dans l'admiration, et dit à ceux qui Le suivaient : En vérité, Je vous le dis, je n'ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. Aussi Je vous dis que beaucoup viendront de l'orient et de l'occident, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des Cieux ; mais les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures.  Là il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt 8,10-12).

« Et si quelqu'un ne vous reçoit pas et n'écoute pas vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds. En vérité, Je vous le dis, il y aura moins de rigueur pour Sodome et Gomorrhe, au jour du jugement, que pour cette ville » (Mat. 10,14-15).

« Or Je vous dis que les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole inutile qu'ils auront dite. Car tu seras justifié par tes paroles, et tu seras condamné par tes paroles » (Mt 12,36-37).

« La reine du Midi se lèvera au jour du jugement contre cette génération, et la condamnera ; car elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et voici qu'il y a ici plus que Salomon » (Mt 12,42).

 « Ne vous étonnez pas de cela ; car l'heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection de la vie ; mais ceux qui auront fait le mal en sortiront pour la résurrection du jugement » (Jn 5,28-29).

Voyons quelques autres passages du Nouveau Testament :

« Le Seigneur ne retarde pas l'exécution de Sa promesse, comme quelques-uns le supposent ; mais Il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; alors les cieux passeront avec un grand fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre sera consumée avec tout ce qu'elle renferme. Puis donc que toutes ces choses doivent se dissoudre, quels ne devez-vous pas être par la sainteté de votre conduite et par la piété, attendant et hâtant l'avènement du jour du Seigneur, jour à cause duquel les cieux enflammés seront dissous, et les éléments embrasés se fondront. Mais nous attendons, selon Ses promesses, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habitera » (2 Pierre 3,9-13).

« Et de Sa bouche il sort une épée tranchante des deux côtés, pour en frapper les nations ; et Il les gouverne avec une verge de fer, et Il foule la cuve du vin de la fureur de la colère du Dieu tout-puissant » (Ap 19,15).

« Celui qui vaincra possédera ces choses, et Je serai son Dieu, et il sera Mon fils. Quant aux lâches et aux incrédules, et aux abominables, et aux homicides, et aux impudiques, et aux magiciens, et aux idolâtres, et à tous les menteurs, leur part sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre : ce qui est la seconde mort » (Ap 21,7-8).

 

Prêchons la mortification et la Croix

Quant à ceux qui pensent que le Nouveau Testament a ouvert pour nous l'ère nouvelle d'une vie spirituelle sans lutte, ils se trompent ! Au contraire, Saint Paul met sous nos yeux la perspective d'un combat incessant de l'homme contre ses inclinations plus basses, une lutte tellement  pénible que l'Apôtre la compare même au pire des martyrs, c'est-à-dire la crucifixion :

« Je dis donc : Marchez selon l'esprit, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair. Car la chair convoite contre l'esprit, le l'esprit contre la chair ; en effet, ils sont opposés l'un à l'autre, pour que vous ne fassiez pas tout ce que vous voudriez. Si vous êtes conduits par l'esprit, vous n'êtes point sous la loi. Or les œuvres de la chair sont manifestes : c'est la fornication, l'impureté, l'impudicité, la luxure, l'idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les rixes, les dissensions, les factions, l'envie, les meurtres, l'ivrognerie, les débauches, et les choses semblables, dont je vous prédis, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui les commettent ne seront point héritiers du royaume de Dieu. Mais les fruits de l'esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté.  Contre de pareilles choses il n'y a pas de loi. Or ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises. Si nous vivons par l'esprit, marchons aussi selon l'esprit » (Gal 5,16-25).

Avec quel soin un chrétien doit veiller sur la construction toujours fragile de sa sanctification, mise à l'épreuve par toutes sortes de tribulations intérieures et extérieures ! Lisons ce passage :

« Mais nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que la grandeur appartienne à la puissance de Dieu, et non pas à nous. En toutes choses nous souffrons la tribulation, mais nous ne sommes pas accablés ; nous sommes en perplexité, mais non désespérés ; nous sommes persécutés, mais non pas abandonnés ; nous sommes abattus, mais non perdus ; portant toujours dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps.

« Car, nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort pour Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. La mort agit donc en nous, et la vie en vous » (2 Cor 4,7-12). (1)

Il serait une preuve d'orgueil ou de naïveté que d'imaginer que nous ne rencontrons pas de terribles réticences intérieures :

« Car nous savons que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu au péché. Car je ne sais pas ce que je fais ; le bien que je veux, je ne le fais pas ; mais le mal que je hais, je le fais » (Rm 7,14-15).

« Car je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire, dans ma chair : en effet, vouloir est à ma portée ; mais accomplir ce qui est bon, je ne le puis. Car je ne fais pas le bien que je veux ; mais je fais le mal que je ne veux pas » (ibid. 7,18-19).

« Lorsque je veux faire le bien, je trouve donc cette loi : le mal réside en moi. Car je me complais dans la loi de Dieu, selon l'homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif sous la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Rm 7,21-24).

Ce combat est dur, mais nous ne pouvons atteindre la gloire sans lui :

« Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec Lui, afin d'être glorifiés avec Lui » (Rm 8,17).

Les seules œuvres d'apostolat, sans la mortification, sont insuffisantes à cette fin :

« Moi donc, je cours, et non comme au hasard.  Je combats, et non comme frappant l'air ; mais je châtie mon corps, et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé » (1 Cor 9,26-27).

Que notre vie intérieure soit donc une vie de vigilance :

« Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber » (1 Cor 10,12).

La conclusion ne peut être que la suivante :

« Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par Sa vertu toute-puissante. Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les embûches du diable. Car ce n'est pas contre la chair et le sang que nous avons à lutter, mais contre les principautés et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice des régions célestes. C'est pourquoi recevez l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister dans le jour mauvais, et rester debout après avoir tout supporté. Tenez donc ferme, ayant vos reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de zèle pour l'Evangile de la paix, prenant par-dessus tout le bouclier de la foi, au moyen duquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin. Prenez aussi le casque du salut, et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu ; faisant en tout temps, par l'Esprit, toutes sortes de prières et de supplications, veillant à cela avec une entière persévérance, et priant pour tous les saints, et pour moi aussi, afin qu'il me soit donné, quand j'ouvrirai la bouche, des paroles pour annoncer avec assurance le mystère de l’Évangile, pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes, et que j'en parle courageusement, comme je le dois » (Ephes 6,10-20).

 

Fortitude et sagacité dans le Nouveau Testament

Les passages du Nouveau Testament dans lesquels la divine miséricorde de notre Sauveur brille le plus sont tous bien connus des fidèles. Nous en rendons grâce à Dieu mille fois. Malheureusement, cependant, les extraits qui donnent des exemples de sévérité, d'astuce et de sainte intransigeance le sont beaucoup moins. Nous avons cité certains de ces passages dans les pages précédentes. Toutefois, afin de bien montrer que ces derniers passages ne sont pas les seuls et qu'en fait, le Nouveau Testament nous donne des exemples extraordinairement fréquents de courage, de sagesse et de force, nous allons maintenant examiner un grand nombre de passages qui enseignent ces vertus, et que nous n'avions pas encore eu l'occasion de citer. Cela mettra en lumière le rôle très important que jouent ces trois vertus dans la Bonne Nouvelle du Fils de Dieu et montrera que, par conséquent, elles devraient jouer également dans le caractère de tout catholique bien formé.

Nous voulons montrer plus particulièrement dans ce chapitre les nombreux passages du Nouveau Testament, dans lesquels les pécheurs sont réprimandés ou les vices de l'Antiquité païenne et du monde juif sont réprouvés, dans un langage qui, aux gens de notre époque, pourrait paraître complètement vide de charité.

Notez, à cet égard, que le Saint-Père Pie XI, comme nous l'avons indiqué avec insistance, a fait une description si grave de notre époque qu’il disait que nous sommes dans une période similaire à celle des derniers temps, c’est-à-dire, dans un âge d'iniquités sans précédent. Donc, ne pensez pas que des péchés et des pécheurs dignes du même langage seraient introuvables aujourd'hui. Quelle est, alors, cette charité erronée qui émousse la parole de Dieu sur nos lèvres, et qui fait du fouet régénérateur des peuples une arme inoffensive dont le tranchant mal aiguisé exprime plus notre timidité que l'indignation de notre zèle ?

Même ici – nous insistons sur ce point - nous devons imiter le Sauveur qui a su alterner la gravité du langage avec les preuves d'un amour infini d'une telle douceur et suavité qu’Il a touché tous les cœurs droits. N'oublions jamais le rôle suprême de l'amour dans l'économie de l'apostolat. Mais ne tombons pas dans une étroite partialité. Tous les cœurs ne s'ouvrent pas à l'action de la grâce. Saint Pierre écrit :

« C'est pourquoi il est dit dans l'Ecriture : Voici, Je mets dans Sion la pierre angulaire choisie, précieuse ; et celui qui aura confiance en elle ne sera pas confondu. Ainsi donc, à vous qui croyez, l'honneur ; mais, pour les incrédules, la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue la tête de l'angle, et une pierre d'achoppement, et une pierre de scandale pour ceux qui se heurtent contre la parole et qui ne croient pas ; ce à quoi ils ont été destinés » (1 Pierre 2,6-8).

Et pour ceux qui ne sont pas disposés à accepter la douce langue de l'amour il n'y a qu'une seule méthode, qui est ce langage :

« Adultères, ne savez-vous pas que l'amour de ce monde est inimitié contre Dieu ?  Par conséquent quiconque veut être ami de ce siècle se constitue ennemi de Dieu. Pensez-vous que l'Ecriture dise en vain : L'Esprit qui habite en vous a-t-Il des désirs qui porte à l'envie ? » (Jc 4,4-5).

Encourageons franchement les âmes à la pénitence :

« Sentez votre misère, prenez le deuil et pleurez ; que votre rire se change en pleurs, et votre joie en tristesse » (Jc 4,9).

Et essayons de ne pas faire de l'apostolat de façon à omettre le côté terrible des vérités les plus douces que nous prêchons :

« En effet, le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l'Evangile : non point avec la sagesse de la parole, afin que la Croix du Christ ne soit pas rendue vaine. Car la parole de la Croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour ceux qui sont sauvés, c'est-à-dire pour nous, elle est la puissance de Dieu. Aussi est-il écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et Je réprouverai la prudence des prudents. Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ?  Dieu n'a-t-Il pas frappé de folie la sagesse de ce monde ? Car parce que le monde, avec sa sagesse, n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. En effet, les Juifs demandent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, soit Juifs, soit Grecs, le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Cor 1,17-24).

« Pour moi, frères, lorsque je suis venu à vous, je ne suis pas venu vous annoncer le témoignage du Christ avec la sublimité du discours ou de la sagesse. Car je n'ai pas jugé savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Et c'est dans un état de faiblesse, de crainte et d'un grand tremblement que j'ai été parmi vous ; et mon langage et ma prédication ne consistent pas dans les discours persuasifs de la sagesse humaine, mais dans une manifestation d'esprit et de puissance, afin que votre foi ne soit pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor 2,1-5).

Ne cherchons pas un langage qui ne fait pas de mécontents, parce qu’un apostolat droit les engendre en grand nombre.

« Or nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données par Dieu ; et nous en parlons, non avec les discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, traitant spirituellement des choses spirituelles. Or l'homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu ; car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les comprendre, parce que c'est spirituellement qu'on en juge. Mais l'homme spirituel juge de tout, et n'est lui-même jugé par personne » (1 Cor 2,12-15).

Parfois, nous serons considérés comme des fous, mais cela n'a pas d'importance :

« Que personne ne se fasse illusion ; si quelqu'un d'entre vous pense être sage selon ce siècle, qu'il devienne fou pour être sage ; car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu.  Aussi est-il écrit : Je surprendrai les sages dans leur propre ruse » (1 Cor 3,18-19).

Parfois, le sacrifice d'un apôtre qui sacrifie sa réputation rend son apostolat merveilleusement fécond :

« Ainsi en est-il de la résurrection des morts.  Le corps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l'incorruptibilité ; il est semé dans l'ignominie, il ressuscitera dans la gloire ; il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force » (1 Cor 15,42-43).

Parfois, les inventions apportées pour faire plaisir « à tout le monde et son père » atteignent un raffinement répréhensible :

« Car notre prédication n'est basée ni sur l'erreur, ni sur des motifs impurs, ni sur la fraude ; mais, selon que Dieu nous a jugés dignes de nous confier l'Evangile, ainsi nous parlons, non pour plaire aux hommes, mais à Dieu, qui sonde nos cœurs. Car nous ne sommes jamais venus avec des paroles de flatterie, vous le savez, ni avec des prétextes inspirés par l'avarice, Dieu en est témoin » (1 Thess 2,3-5).

Voyons comment les apôtres parlaient, et dans quelle mesure ils assaillaient les méchants :

« Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde aux faux circoncis » (Phil 3,2).

Si nous disions les mots suivants à l'un des sybarites d'aujourd'hui, on nous accuserait d'exagération ! :

« Car il y en a beaucoup, dont je vous ai souvent parlé, et dont je vous parle encore maintenant avec larmes, qui marchent en ennemis de la Croix du Christ. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui est leur honte, et leurs pensées sont pour la terre. Quant à nous, notre vie est dans le Ciel, d'où nous attendons comme sauveur Notre Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps d'humiliation, en le rendant semblable à Son corps glorieux, par le pouvoir qu'Il a de S'assujettir toutes choses » (Phil 3,18-21).

Et si l'on disait à propos des hérétiques, les mots ci-dessous, combien de critiques se retourneraient contre nous :

« Si quelqu'un enseigne autrement, et n'acquiesce pas aux saines paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, et à la doctrine qui est selon la piété, c'est un orgueilleux, il ne sait rien, et il a la maladie des questions oiseuses et des disputes de mots, d'où naissent l'envie, les querelles, les médisances, les mauvais soupçons, les vaines discussions d'hommes qui ont l'esprit corrompu et qui sont privés de la vérité, qui considèrent la piété comme une source de gain » (1 Tm 6,3-5).

Certaines personnes considèrent les références individuelles toujours répréhensibles. Pourtant, saint Paul fut bien loin de généraliser :

 « Prends pour règle les saines paroles que tu as entendues de moi, dans la foi et la charité qui est en Jésus-Christ. Garde le bon dépôt, par l'Esprit-Saint qui habite en nous. Tu sais que tous ceux qui sont en Asie se sont éloignés de moi ; entre autres Phygèle et Hermogène » (2 Tm 1,13-15).

« Evite les discours profanes et vains ; car ils font faire beaucoup de progrès dans l'impiété, et leur parole gagne comme la gangrène.  De ce nombre est Hyménée et Philète, qui sont déchus de la vérité, en disant que la résurrection est déjà faite, et qui ont renversé la foi de quelques-uns » (2 Tm 2,16-18).

« Alexandre, l'ouvrier en cuivre, m'a fait souffrir beaucoup de maux ; le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. Garde-toi aussi de lui, car ils s'est fortement opposé à nos paroles » (2 Tm 4, 14-15).

Et l’Apôtre s'était même vanté de sa sainte rudesse :

« Mais pour qu'on ne croie pas que je veux vous effrayer par mes lettres (car, dit-on ces lettres sont graves et fortes ; mais, quand il est présent, il paraît chétif de corps, et méprisable en son langage), que celui qui est dans ce sentiment considère que tels nous sommes en paroles dans nos lettres, étant absents, tels nous sommes par nos actes étant présents » (2 Cor 10,9-11).

Cette fois, la référence englobait toute la nombreuse et cultivée population d'une île :

« Car il y en a beaucoup, surtout parmi ceux de la circoncision, qui sont insoumis, vains parleurs, et séducteurs des âmes,  auxquels il faut fermer la bouche, car ils bouleversent des maisons entières, enseignant ce qu'il ne faut pas, en vue d'un gain honteux. Un d'entre eux, leur propre prophète, a dit : Les Crétois sont toujours menteurs, méchantes bêtes, ventres paresseux. Ce témoignage est vrai.  C'est pourquoi reprends-les sévèrement, afin qu'ils soient sains dans la foi, et qu'ils ne s'appliquent pas à des fables judaïques, et à des commandements d'hommes qui se détournent de la vérité » (Tit 1,10-14).

Ecoutons cette critique apostoliquement sévère :

« Ils font profession de connaître Dieu, mais ils Le renient par leurs œuvres, étant abominables et rebelles, et incapables de toute bonne œuvre » (Tit 1,16).

Cela vous paraît-il excessif ? Pourtant, faire une réprimande est un devoir d'apostolat :

« Dis ces choses, et exhorte et reprends avec une pleine autorité.  Que personne ne te méprise » (Tit 2,15).

Alors, pourquoi aurions-nous peur d'exhorter aussi vigoureusement que le fit l'Apôtre ?

Nous avons vu ce que l'Apôtre dit à propos de la Crète. Voici les paroles qu'il a pensé utiles pour convertir les Grecs et les Juifs :

« Car nous avons déjà prouvé que les Juifs et les Grecs sont tous sous l'empire du péché ; selon qu'il est écrit : Il n'y a pas un seul juste.  Nul n'est intelligent, personne ne cherche Dieu. Ils se sont tous égarés, ils sont tous devenus inutiles ; il n'y en a point qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul. Leur gosier est un sépulcre ouvert ; ils se sont servis de leurs langues pour tromper ; un venin d'aspic est sous leurs lèvres. Leur bouche est pleine de malédiction et d'amertume.  Leurs pieds sont agiles pour répandre le sang. La désolation et le malheur sont sur leurs voies,  et ils ne connaissent point le chemin de la paix. La crainte de Dieu n'est pas devant les yeux. Or nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde devienne soumis à Dieu » (Rm 3,9-19).

Saint Paul dit contre l’impureté :

« Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments ; mais Dieu détruira l'un et les autres.  Cependant le corps n'est point pour l'impudicité, mais pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps. Or Dieu a ressuscité le Seigneur, et Il nous ressuscitera aussi par Sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ?  Prenant donc les membres du Christ, en ferai-je les membres d'une prostituée ?  Loin de là ! » (1 Cor 6,13-15).

Notre Seigneur a commencé sa vie publique, non avec des mots de fête, mais en prêchant la pénitence :

« Dès lors Jésus commença à prêcher, et à dire : Faites pénitence, car le royaume des Cieux est proche » (Mt 4,17).

À certains moments, ses paroles contre les impénitents étaient terribles :

« Alors Il Se mit à adresser des reproches aux villes dans lesquelles avaient été opérés beaucoup de Ses miracles, parce qu'elles n'avaient pas fait pénitence. Malheur à toi, Corozaïn ; malheur à toi, Bethsaïda ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles auraient fait pénitence dans le sac et la cendre.

« C'est pourquoi, Je vous le dis, au jour du jugement Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capharnaüm, t'élèveras-tu jusqu'au ciel ?  Tu descendras jusqu'à l'enfer ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait peut-être encore aujourd'hui. C'est pourquoi, Je vous le dis, au jour du jugement le pays de Sodome sera traité moins vigoureusement que toi.

« En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : Je Vous rends grâce, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et de ce que Vous les avez révélées aux petits » (Mt 11,20-25).

Ainsi parla le Seigneur :

« Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il erre dans des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison, d'où je suis sorti.  Et, y revenant, il la trouve vide, balayée et ornée. Alors il va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans la maison, ils y habitent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier.  C'est ce qui arrivera à cette génération très mauvaise » (Mt 12,43-45).

Saint Pierre, avec un souci trop humain, lui conseilla de ne pas aller à Jérusalem où ils voulaient le tuer. La réponse a été majestueusement grave :

« Mais Jésus, Se retournant, dit à Pierre : Va-t'en derrière Moi, Satan ; tu m'es un sujet de scandale, car tu n'as pas le goût des choses de Dieu, mais des choses des hommes » (Mt 16,23).

Plein de miséricorde, Notre Seigneur était prêt à faire un miracle. Voici, cependant, ce qu'il a dit avant de le faire :

« Jésus répondit : O génération incrédule et perverse, jusques à quand serai-Je avec vous ? jusques à quand vous souffrirai-Je ?  Amenez-le-Moi ici. Et Jésus le menaça, et le démon sortit de l'enfant, qui fut guéri à l'heure même » (Mat. 17,16-17).

Et pour les vendeurs qu’il a flagellés, Notre Seigneur fulmine :

« Et Il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière ; vais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs » (Mt 21,13).

Pourrait-il y avoir une censure plus marquée que celle de Notre Seigneur aux pharisiens orgueilleux ?

« En vérité, Je vous le dis, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui.  Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas repentis ensuite, pour croire en lui » (Mt 21,31-32).

Et cette autre :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez le royaume des Cieux devant les hommes ; car vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous ne laissez pas entrer ceux qui désirent entrer.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous dévorez les maisons des veuves, en faisant de longues prières ; c'est pourquoi vous recevrez un jugement plus rigoureux.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, après qu'il l'est devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne deux fois pire que vous.

« Malheur à vous, guides aveugles, qui dites : Si quelqu'un jure par le temple, ce n'est rien ; mais si quelqu'un jure par l'or du temple, il doit. Insensés et aveugles ! Car lequel est le plus grand ? l'or, ou le temple qui sanctifie l'or ?

« Et si quelqu'un jure par l'autel, ce n'est rien ; mais si quelqu'un jure par le don qui est sur l'autel, il doit.

Aveugles ! Car lequel est le plus grand ? le don, ou l'autel qui sanctifie le don ? » (Mt 23,13-19).

Quelle grande miséricorde, et pourtant combien de gravité dans ces paroles de la Mère de toute miséricorde :

« Et Sa miséricorde se répand d'âge en âge sur ceux qui Le craignent.

«  Il a déployé la force de Son bras, Il a dispersé ceux qui s'enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur.

« Il a renversé les puissants de leur trône, et Il a élevé les humbles.

« Il a rempli de biens les affamés, et Il a renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1,50-53).

Imitons Notre Seigneur lorsqu’Il souhaita, avec une divine douceur, la bienvenue aux pécheurs. Toutefois, ne soyons pas unilatéraux, mais sachons aussi l'imiter dans des attitudes comme celle-ci:

« La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. Et Il trouva dans le temple des marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et des changeurs assis. Et ayant fait un fouet avec des cordes, Il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les boeufs ; et Il jeta par terre l'argent des changeurs, et renversa leurs tables. Et Il dit à ceux qui vendaient des colombes : Otez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de Mon Père une maison de trafic » (Jn 2,13-16).

Aucun apôtre ne nous donne de meilleure idée de l'amour de Jésus que saint Jean. Néanmoins, nous allons voir comment il ne cache pas la sévérité du Maître :

« En vérité, en vérité, Je te le dis, ce que Nous savons, Nous le disons, et ce que Nous avons vu, Nous l'attestons ; et vous ne recevez pas Notre témoignage. Si Je vous ai parlé des choses de la terre sans que vous ayez cru, comment croirez-vous quand Je vous parlerai des choses du Ciel ? » (Jn 3,11-12).

« Mais Moi, J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que le Père M'a données d'accomplir, les œuvres mêmes que Je fais, rendent de Moi le témoignage que c'est le Père qui M'a envoyé. Le Père, qui M'a envoyé, a rendu Lui-même témoignage de Moi.  Vous n'avez jamais entendu Sa voix, ni contemplé Sa face.

« Et vous n'avez pas Sa parole demeurant en vous, parce que vous ne croyez pas à Celui qu'Il a envoyé. Vous scrutez les Ecritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle ; ce sont elles aussi qui rendent témoignage de Moi. Et vous ne voulez pas venir à Moi pour avoir la vie. Je n'accepte pas la gloire qui vient des hommes. Mais Je vous connais, et Je sais que vous n'avez pas l'amour de Dieu en vous.

« Je suis venu au nom de Mon Père, et vous ne Me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez. Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ?

« Ne pensez pas que ce soit Moi qui vous accuserai devant le Père ; celui qui vous accuse, c'est Moïse, en qui vous espérez. Car, si vous croyiez à Moïse, vous croiriez aussi en Moi, puisque c'est de Moi qu'il a écrit. Mais, si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à Mes paroles ? »  (Jn 5,36-47).

Oh ! Voyez comment le Maître nous a montré que nous devons affronter l'incompréhension de nos voisins sans pour autant tordre la doctrine :

« Beaucoup de Ses disciples, l'ayant entendu, dirent : Cette parole est dure, et qui peut l'écouter ? Mais Jésus, sachant en Lui-même que Ses disciples murmuraient à ce sujet, leur dit : Cela vous scandalise ? Et si vous voyez le Fils de l'homme monter là où Il était auparavant ? C'est l'esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien.  Les paroles que Je vous ai dites sont esprit et vie. Mais il en est quelques-uns parmi vous qui ne croient pas. Car, dès le commencement, Jésus savait ceux qui ne croyaient point, et quel était celui qui Le trahirait.

« Et Il disait : C’est pour cela que Je vous ai dit que personne ne peut venir à Moi, si cela ne lui a été donné par Mon Père. Dès lors beaucoup de Ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec Lui.

« Jésus dit donc aux douze : Et vous, est-ce que vous voulez aussi vous en aller ? Simon-Pierre Lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ?  Vous avez les paroles de la vie éternelle. Et nous, nous avons cru et nous avons connu que Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.

« Jésus leur répondit : Ne vous ai-Je pas choisi au nombre de douze ?  Et l'un de vous est un démon. Il parlait de Judas Iscariote, fils de Simon ; car c'était lui qui devait Le trahir, quoiqu'il fût l'un des douze » (Jn 6,61-72).

L'intransigeance de son langage n’était pas moins divine que sa mansuétude :

« Jésus leur dit encore : Je m'en vais, et vous Me chercherez, et vous mourrez dans votre péché.  Là où Je vais, vous ne pouvez venir. Les Juifs disaient donc : Est-ce qu'Il Se tuera lui-même, puisqu'Il dit : Là où Je vais, vous ne pouvez venir ?

« Et Il leur dit : Vous, vous êtes d'en bas ; Moi, Je suis d'en haut.  Vous êtes de ce monde ; Moi, Je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés ; car, si vous ne croyez pas à ce que Je suis, vous mourrez dans votre péché. Ils lui dirent donc : Qui êtes-Vous ?  Jésus leur répondit : Je suis le principe, Moi qui vous parle. J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous.  Mais celui qui M'a envoyé est véridique, et ce que J'ai appris de Lui, Je le dis dans le monde » (Jn 8,21-26).

« Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père.  Il a été homicide dès le commencement, et il n'est pas demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui.  Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur, et père du mensonge » (Jn 8,44).

Et Saint Pierre, le premier pape, a su imiter cet exemple :

« Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s'acquiert avec de l'argent ! Il n'y a pour toi ni part, ni héritage en cette affaire ; car ton cœur n'est pas droit devant Dieu. Fais donc pénitence de cette iniquité, et prie Dieu, afin que, s'il est possible, cette pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es rempli d'un fiel amer, et dans les liens de l'iniquité » (Ac 8,19-23).

Voyons un autre exemple magnifique de combativité :

« Lorsqu'ils eurent parcouru toute l'île jusqu'à Paphos, ils trouvèrent un certain magicien, faux prophète, Juif, dont le nom était Barjésus ; il était avec le proconsul Sergius Paulus, homme sage.  Celui-ci, ayant fait venir Barnabé et Saul, désirait entendre la parole de Dieu. Mais Elymas le magicien (car c'est ainsi que se traduit son nom) leur résistait, cherchant à détourner le proconsul de la foi. Alors Saul, qui est aussi appelé Paul, rempli de l'Esprit-Saint, le regardant fixement, dit : O homme plein de toute astuce et de toute fourberie, fils du diable, ennemi de toute justice, tu ne cesses de pervertir les voies droites du Seigneur.

« Et maintenant voici que la main du Seigneur est sur toi ; et tu seras aveugle, ne voyant pas le soleil jusqu'à un certain temps.  Aussitôt l'obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui, et tournant de tous côtés, il cherchait quelqu'un qui lui donnât la main. Alors le proconsul, ayant vu ce qui était arrivé, devint croyant, et il admirait la doctrine du Seigneur » (Ac 13,6-12).

Et encore :

« Il discourait dans la synagogue chaque sabbat, et faisant intervenir le nom du Seigneur Jésus, il persuadait les Juifs et les Grecs. Mais lorsque Silas et Timothée furent venus de Macédoine, Paul se donnait tout entier à la parole, attestant aux Juifs que Jésus était le Christ. Comme ils le contredisaient et le blasphémaient, secouant ses vêtements, il leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ; pour moi, j'en suis innocent, et désormais j'irai vers les gentils » (Ac 18,4-6).

Saint Pierre n'a pas hésité à dire au méchant : « mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal » (1 Pierre 3,12).

« Mais s'il souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point de honte, mais qu'il glorifie Dieu de porter ce nom-là.

« Car le moment est venu où le jugement va commencer par la maison de Dieu ; et s'il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui ne croient pas à l'Evangile de Dieu ? Et si le juste n'est sauvé qu'avec peine, que deviendront l'impie et le pécheur ? Que ceux donc qui souffrent selon la volonté de Dieu recommandent leurs âmes au Créateur fidèle, en faisant ce qui est bien » (Pierre 4,16-19).

Saint-Jude a écrit ce passage terrible :

« Je veux vous rappeler, quoique vous sachiez fort bien toutes choses, que Jésus, ayant délivré le peuple du pays d'Egypte, fit ensuite périr ceux qui furent incrédules ; et que les anges qui n'ont pas conservé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure, ont été réservés par Lui pour le jugement du grand jour, liés par des chaînes éternelles, dans les ténèbres.

«  De même, Sodome et Gomorrhe, et les villes voisines, qui se livrèrent comme eux à l'impureté et à des vices contre nature, sont devant nous comme un exemple, subissant la peine du feu éternel. Pareillement, ces hommes souillent la chair ; de plus, ils méprisent l'autorité, et insultent ceux qui sont élevés en dignité.

« Cependant l'Archange Michel, lorsqu'il discutait avec le diable, lui disputant le corps de Moïse, n'osa pas porter contre lui un jugement injurieux ; mais dit : Que le Seigneur te réprime ! Mais ceux-ci insultent tout ce qu'ils ignorent ; quant à celles qu'ils connaissent naturellement, comme les bêtes brutes, ils s'y corrompent. Malheur à eux ! car ils ont suivi la voie de Caïn ; ils se sont jetés, pour un salaire, dans l'erreur de Balaam, et ils ont péri dans la rébellion de Coré.

« Ils sont des taches dans leurs repas de charité, faisant bonne chère sans retenue, se repaissant eux-mêmes ; nuées sans eau, emportées çà et là  par les vents ; arbres d'automne, sans fruits, deux fois morts, déracinés ; vagues furieuses de la mer, qui rejettent l'écume de leurs infamies ; astres errants, auxquels une tempête ténébreuse est réservée pour l'éternité.

« C'est d'eux qu'a prophétisé Enoch, le septième patriarche depuis Adam, lorsqu'il a dit : Voici, le Seigneur est venu avec Ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies de toutes les œuvres d'impiété qu'ils ont commises, et de toutes les dures paroles que ces pécheurs impies ont proférées contre Lui. Ce sont des mécontents qui murmurent, qui marchent suivant leurs convoitises, dont la bouche prononce des paroles hautaines, et qui admirent les gens par intérêt » (Jude 5-16).

Et le Saint-Esprit fait l'éloge d'un évêque, parce qu'il est « calomnié par ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui sont une synagogue de Satan » (Ap 2,9).

On retrouve la même comparaison terrible avec le diable dans cet extrait :

« Mais Je vous dis à vous, et aux autres, qui êtes à Thyatire, et qui ne recevez pas cette doctrine, et qui n'avez pas connu les profondeurs de Satan, comme ils les appellent, que Je ne vous imposerai pas d'autre charge » (ibid., 23-24).

 

Suivons la leçon de l'Évangile sans restrictions

Voilà de graves, nombreuses et magnifiques exemples que nous donne le Nouveau Testament. Imitons-les comme nous imitons les exemples adorables de douceur, patience, bonté et mansuétude que nous a donnés lui-même notre très clément Rédempteur.

Pour éviter tout malentendu, nous soulignons une fois de plus que ce langage sévère ne doit pas devenir le seul langage de l'apôtre. Au contraire, nous comprenons qu’aucun apostolat n'est complet sans que l'apôtre puisse montrer la divine bonté du Sauveur. Mais ne soyons pas unilatéraux en ignorant, par romantisme, commodité ou tiédeur, les leçons de force admirable et invincible que nous a données Notre Seigneur. Comme Lui, efforçons-nous d'être aussi humbles et courageux, pacifiques et forts, doux et énergiques, patients et sévères. Ne choisissons pas entre ces vertus : la perfection consiste à imiter Notre Seigneur dans la plénitude de ses adorables aspects moraux.

Pour ce faire, nous aimerions maintenant compléter la pensée exprimée dans un chapitre précédent concernant la mentalité de la jeunesse contemporaine, selon l'avis du cardinal Baudrillart, d'heureuse mémoire : une soif d'héroïsme et de sacrifice chez les jeunes hommes d'aujourd'hui les conduit à chercher exclusivement les idées fortes et les programmes exigeants, et à mépriser tout ce qui pourrait être une concession sentimentale ou une capitulation en faveur d'envies plus basses qui nous appellent sans relâche à une vie où nos sens seraient à la dérive. Que Dieu soit loué de cette disposition, qui peut contribuer grandement au salut des âmes. Mais tout comme nous avons mis en garde contre des conceptions unilatérales et erronées de la miséricorde du Seigneur, nous devons rester attentifs à toute exagération qui pourrait, directement ou indirectement, de façon lointaine ou immédiate, diminuer dans les âmes l'idée du rôle central et très fondamental que joue la loi de la bonté et de l'amour dans la Religion de Jésus-Christ Notre Seigneur.

En tant que peuple, les Brésiliens ont une telle tendance à la pratique des vertus dérivées de la bienveillance que leur grand danger ne se trouve pas en général dans les tendances déséquilibrées vers la cruauté et la dureté, mais vers la faiblesse, la sentimentalité et la naïveté.

Ces exagérations de vertu – parce qu'elles sont des exagérations – sont des défauts qu’il incombe à l'Action Catholique de combattre et de vaincre. En cet âge de sombre cruauté et d’égoïsme implacable, il est pour nous un titre de gloire, que d’avoir un tel défaut à combattre. Combattons-le, cependant, car le sentimentalisme et la naïveté mènent à des ruines morales et spirituelles que nous décrit la théologie avec des couleurs sombres. Ne tombons pas dans la tendre contemplation de notre gentillesse, mais au contraire, essayons de la développer de manière surnaturelle, dans la direction que nous indique l'Eglise, c'est-à-dire sans exagération, déviation ou déraillement. La comparaison suivante permettra de clarifier notre pensée.

La Sainte Mère Eglise dit que sainte Thérèse d'Avila « fut admirable, même dans ses erreurs ». Néanmoins, si elle était restée dans la contemplation des étincelles dorées qui jaillissaient de ses erreurs, au lieu de les combattre avec courage, elle ne serait jamais devenue la grande sainte que vénère et admire la chrétienté tout entière, la sainte que Leibnitz appela «un grand homme». Le Brésil ne sera jamais le pays que nous désirons ardemment qu'il soit, c'est-à-dire l'un des plus grands pays de tous les temps, tant qu'il n'arrêtera pas de contempler les reflets dorés qui existent dans les traits dominants de sa mentalité, au lieu de nettoyer les résidus qui empêchent cet or de briller avec plus de force et de pureté.

Malgré tout cela, n'oublions jamais que rien dans la religion catholique, absolument rien, ne se fait sans l’amour ; et que, par conséquent, la sévérité imposée par les exigences de la charité doit elle-même être exercée avec les yeux fixés sur les limites dont cette dernière l'entoure.

Clôturons ce sujet avec des mots de Pie XI. Ils nous montrent que c’est cette irradiation d'amour qui sauvera le monde :

« Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Léon XIII, considérant justement, dans sa Lettre encyclique Annum sacrum, l'admirable opportunité du culte envers le Cœur sacré de Jésus, n'hésitait pas à dire : « Quand l'Église, encore toute proche de ses origines, gémissait sous le joug des Césars, une croix apparut dans le ciel à un jeune empereur ; elle était le présage et la cause d'un insigne et prochain triomphe. Aujourd'hui, un autre symbole divin d'heureux augure apparaît à nos yeux : c'est le Cœur très sacré de Jésus, surmonté de la croix et resplendissant d'un éclat incomparable au milieu des flammes. Nous devons placer en lui toutes nos espérances, c'est à lui que nous devons demander le salut des hommes, et c'est de lui qu'il faut l'attendre ». (2)

À l’heure actuelle, il est beaucoup question de «Nouvel Age», de «temps nouveaux»,  et de «nouvel ordre». Que nos adversaires le veuillent ou non, ce «nouvel âge» sera le règne du Sacré-Cœur de Jésus : c'est dans Sa très suave influence que le monde trouvera le seul moyen de salut.

Adorons ce Sacré-Cœur, que l'iconographie catholique nous montre surmonté de la Croix du sacrifice, de la lutte, du combat, de l'austérité, plantant ses racines dans le plus parfait des Cœurs et illuminé par les flammes purifiantes et éblouissantes de l'amour.

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Notes :

(1) Ce dernier verset signifie que Saint Paul est mort pour lui-même pour donner la vie spirituelle à d'autres. La vertu précitée, est la vertu de la prédication, c'est-à-dire la vertu de l'apostolat.

(2) Encyclique Miserentissimus Redemptor, 8 mai 1928.


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